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Colette Cambier, Le jeudi à Ostende, roman, Le Castor Astral, coll. " Escales des lettres ", septembre 2007. Couverture : acrylique de Chris De Becker.
Format : 14 x 21,5 ; 350 pages. Prix : 20 €


Grands propriétaires terriens installés à Ostende depuis des siècles et liés à de riches brasseurs, les Van der Heyde ne sont plus aujourd'hui qu'un couple de frère et sœur, Marie-Jeanne et Victor, qui se pétrifie lentement en tentant de maintenir l'héritage dans la fidélité aux valeurs ancestrales. Qu'est-il arrivé à cette dynastie ? Ambitieux, tourmentés et heureux, les pionniers du dix-huitième siècle ont créé des affaires prospères. Leurs descendants sont passés de l'esprit d'entreprise au conservatisme, de la grandeur au déclin. Peut-on parler de malédiction comme l'ont cru certains, ou de la simple logique qui veut qu'en se serrant frileusement les uns contre les autres, en restant agrippés aux valeurs apprises une fois pour toutes, ils étaient tout simplement condamnés à disparaître ? Descendante des Van der Heyde, l'auteur nous emmène à la rencontre de sa famille. Avec une rare maîtrise, elle dévoile la part quotidienne et la trame secrète de leur histoire, sur fond des grands bouleversements sociopolitiques des années 1870 à 1980.

Extrait (télécharger l'extrait) :

Extrait 1:

Inattendu qu'il y a de quoi tourner longuement autour d'un trou, d'une absence ou d'une disparition,
Inattendu qu'une parole énoncée dans un courant d'air peut avoir des effets dévastateurs bien loin de son point de chute,
Inattendu qu'à force de vouloir s'affirmer comme sujet, on finit par retourner en poussière,
Inattendu que l'individu ne compte pas, qu'il n'est qu'un rouage dans un ensemble articulé et palpitant,
Inattendu que les hérissons ne font pas l'amour dans la position du missionnaire comme on l'a cru trop longtemps,
Inattendu que l'Histoire se répète et se répète encore jusqu'à ce que l'on veuille bien comprendre de quel bois on se chauffe,
Inattendu que l'espèce tend moins à se perpétuer qu'à se mettre à l'abri des coups du sort,
Inattendu que l'enfant entame le jeu et que l'adulte finit par y croire,
Inattendu que les peurs des uns circulent silencieusement dans les veines de leurs descendants en renforçant leurs effets de génération en génération,
Inattendu qu'il y a Paul et Paul et que parfois leurs ombres se confondent,
Inattendu que la répétition quotidienne de l'infime du geste, loin d'être stérilisante, peut être source de vie,
Inattendu que le droit d'aînesse peut se refiler de main en main comme une patate chaude,
Inattendu que la bonne étoile n'est pas héréditaire,
Inattendu que les familles ne se reproduisent pas toujours en ligne droite mais en oblique comme la marche des crabes,
Inattendu que, malgré une activité procréatrice prolifique, les lignées dont parle cette histoire ont été assez distraites pour s'éteindre,

Ce récit, attesté vrai de vrai, est une fiction qui en vaut bien une autre.

Extrait 2 :

Les mots s'échangent, attendus. Ils se tiennent au chaud dans ce territoire intouché où ils viennent recharger leurs accus et se persuader que l'on ne change pas.
Et MaTante ne change pas.
Elle est tout entière dans cette boule à neige qui, dans les mains des enfants, se renverse, mettant le globe sens dessus dessous. Le paysage s'encoconne, la planète tourne au ralenti, la bulle protège des bourrasques extérieures et des atteintes du temps. Vivre dans un univers rassurant, exquisement clos, où les questions floconneuses restent en suspens et remettent indéfiniment leur éclosion. Rien ne parvient là des chocs du monde. Rien ? Vraiment ? Une hésitation, un tremblement. Rien ou presque rien. Elle traverse le siècle de ce pas de jeune fille d'avant quatorze. Ce serait donc possible, MaTante intemporelle ?
MaTante, non plus comme une personne mais comme une question.
On ne change pas.
MaTante ne change pas. Elle a toujours les cheveux gris, MaTante qui n'a pas d'âge. Elle a toujours le même nouveau chapeau, au printemps et à l'automne, une plume en plus, un nœud-nœud en moins. MaTante qu'on ne voit pas vieillir.