image en-tête
titre navigation
bord gauche
image acces rapide

     
     
titre recherche

       
bord bas
chemin Cliquez ici pour imprimer


Benno Barnard, La créature, monologue, traduit par Marnix Vincent, Le Castor Astral, coll. " Escales des lettres ", avril 2007. Couverture : Chris De Becker. (14 x 21,5 / 80 p. / 12 €)

Écrit pour la grande actrice flamande Chris Lomme, La créature est un monologue fascinant. On y entend la voix d'une vedette du théâtre qui, même sur scène, n'arrive pas à échapper à l'emprise de sa mère, de sa fille, de son âge et du fantôme de Marlène Dietrich.
C'est aussi la voix, superbe, d'une femme vieillissante qui s'interroge - et nous interroge. Ne sommes-nous pas parfois semblables à ces acteurs qui jouent leur vie jusqu'à ce que la mort vienne les surprendre ?

Le traducteur, Marnix Vincent, l'un des plus réputés dans le domaine néerlandais, a travaillé en étroite collaboration avec l'auteur, et donne ici de ce monologue extrêmement émouvant une version française d'une qualité exceptionnelle.

Extrait (télécharger l'extrait) :

Pour ce qui est de moi-même : je suis actrice.
Depuis la nuit des temps je fais du théâtre. Oui,
il n'y a pas une femme que je n'aie été :
la jeune maîtresse, l'intrigante rusée,
l'ingénue aux fausses anglaises...
La mécanique des plaisirs masculins,
eh oui, ça me connaît! (Deuxième thème :
la douce guerre civile des sexes ;
mais j'y reviendrai.) À propos,
j'ai été un charmant cadavre de Juliette.
Ensuite, j'ai mûri, j'ai joué des rôles
d'un érotisme bredouillant, par exemple
l'épouse, l'hystérique, sans oublier
la reine. J'ai assassiné mes enfants,
épousé mon fils... J'ai fait tout cela un jour,
et parfois je me sentais (réfléchissant
avec mes seins, mon ventre, mes jambes)
la marionnette de ce charlatan de Vienne.
Le temps, bien sûr, a planté dans mon visage
son lent couteau. Écriture violente,
mais Dieu merci nulle salle ne peut, dit-on,
la lire... D'ailleurs, que disait-elle, mon professeur ?
" Caractère, mes enfants, signifie rayure. "
C'est ce qu'elle disait... elle enseignait le grec...
Doux Jésus, entendez-moi déconner. Pourquoi
suis-je si nerveuse tout à coup ? Ma langue
s'emmêle. Je suis une femme qui doit débuter
au théâtre de la vieillesse, et je ne veux pas!
Je crains que ce ne soit mon troisième thème.
Où est mon jeune premier ? Je suis seule. Jamais
encore je n'ai été aussi seule sur ces planches.
Les gens me voient comme une femme publique :
pas de quoi se frapper, n'est-ce pas mon métier ?
- on me voit, donc je suis. Vraiment pas de quoi
avoir honte. Moi, cocotte artiste,
fille de joie artiste... Aucun mot ne m'offense.
Pourvu que je ne sois pas une femme grise
pour des hommes gris dans une vitrine rose,
déception de la tête aux pieds. Regardez-moi donc!
Blonde comme les blés et pourtant je me sens grise.
Je n'y comprends rien. Tout le monde me regarde
et j'ai peur. La mort dans tous ces regards
n'a pour tous ces " moi " aucun égard : ça me fait rimer.
Je vais éteindre.
Voilà, il fait noir.