Miriam Van hee, La cueillette des mûres, poèmes traduits par Philippe Noble, Le Castor Astral, coll. " Escales des lettres ", novembre 2006.
Edition bilingue. Couverture : acrylique de Chris De Becker. (14 x 21,5 / 122 p. / 13 €)
Figure majeure de la poésie flamande, Miriam Van hee nous parle ici, sur le mode de la simplicité et de la circonspection
qui lui est propre, de voyages, d'animaux, d'art et d'amour. La certitude que tout se transforme et passe s'y révèle comme
une source de chagrin, mais aussi comme une occasion de découvrir que tout chagrin est vain et qu'il nous faut apprendre
à vivre dans l'éphémère.
debout au parapet tu regardais
la côte dérivant dans le soir
tu pensais à ton père
tu pensais à ta mère
la distance n'éloigne pas car
partout sont des chemins, même sur l'eau
tu cherchais dans l'écume les signes
d'en bas, tu entendais dire :
le vide attire et de fait il semblait
que tu pouvais sauter, que tu ne
te ferais pas mal, une seconde
et tu serais partie, serais perdue
dans tes poèmes, pour de bon
mais tu pensas à ton père
tu pensas à ta mère
près de qui tu étais une enfant
près de qui tu bravais les tempêtes en mer,
tandis que les chaînes battaient les parois
tu voulais voir les autres pays
tu voulais être perdue
pour que l'on te retrouve
ici, sur le pont dans la nuit ténébreuse
aan boord
je stond aan de reling en keek
naar de drijvende kust in de avond
je dacht aan je vader
je dacht aan je moeder
verte verwijdert niet want
overal zijn er wegen, zelfs op het water
je zocht in het schuim naar de tekens
beneden, je hoorde zeggen :
de diepte trekt en het leek inderdaad
alsof je kon springen, alsof het
geen pijn zou doen, een ogenblik
en je zou weg zijn, verloren zijn
in je gedichten, voorgoed
maar je dacht aan je vader
je dacht aan je moeder
met wie je een kind was
met wie je de stormen trotseerde op zee,
de kettingen sloegen toen tegen de wanden
je wilde de andere landen zien
je wilde verloren zijn
om weer gevonden te worden
hier op het dek in de donkere nacht