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Eva Kavian, Trois siècles d'amour, roman, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

  "Je ne sais pas nommer les choses. Je vais écrire l'histoire d'une famille qui va en vacances pour la dernière fois. Je ne dirai rien de la souffrance infinie de la narratrice. Je la garde pour moi. Je lui donnerai un amour magnifique pour s'accrocher à la vie. Je pleurerai toutes ses larmes jusqu'à la mer, et j'écrirai cette histoire pour lui dire qu'il peut y avoir, entre les branches des arbres, des histoires d'amour qui attendent qu'on les invente pour exister.
  - Regardez, les enfants, il y a du vert dans l'arc-en-ciel. C'est ici, chez nous.
  - Viens, maman, viens avec nous, dans le rectangle bleu.
  - J'arrive."


En amour, on ne peut pas tout dire. Alors, parfois, il est bon de l'écrire.
C'est ce que fait Eva Kavian dans ce livre, entre roman et fable moderne, où elle raconte le murmure du monde, quelque chose qui ressemble à de la douceur, une liqueur de sentiments.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  1. L'arrivée

  Quand nous sommes arrivés, l'idée même d'écrire un livre m'était devenue étrangère. Il y avait trop longtemps que je ne trouvais plus de papier. Les enfants du monde, oui, ils en trouvaient. Ils ne savaient pas dire où, mais leur vie était pleine de papiers. Ils dessinaient leur vie sur les papiers trouvés, ne laissaient rien pour un livre à écrire. J'avais essayé les portes. Les portes de la maison, celles des armoires. J'avais écrit sur des boîtes et sur les emballages de sucre que je passais mon temps à voler. Les enfants du monde, eux, passaient leur temps à voler le mien. Ils volaient mon temps. Quand j'arrivais à en mettre un peu en lieu sûr, je l'utilisais, pour voler du sucre. J'écrivais sur l'emballage déplié, lissé. A peine quelques mots, et je devais en voler un autre pour continuer. Je revenais ensuite dans la maison aux portes pleines et je veillais sur eux, les enfants du monde.

  Je n'ai pas tenu des années ainsi. J'ai arrêté de penser au livre à écrire. J'ai essayé de vivre. Ça a fait venir l'idée des vacances. Nous sommes partis. Pendant le voyage, les enfants ont appris à dormir. Nous ne nous y attendions pas, mais nous avons compris que rien ne serait plus comme avant. Avec des nuits, entre les jours. Puis nous sommes arrivés. Ici.