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Lambert Schlechter, Le murmure du monde, fragments, Le Castor Astral, coll. " Escales des lettres ", 2006. Couverture : photographie de Claire Lesbros.
Format : 12 x 19 ; 112 pages. Prix : 13 €


Grand lecteur de Montaigne et des poètes chinois classiques, Lambert Schlechter n'est pas homme à se laisser enfermer dans un genre ou une doctrine. Il s'agit pour lui d'apprivoiser la vie, et donc de s'en approcher à pas lents, à mots comptés, sur le mode d'un vagabondage érotique et littéraire où se mêlent la naïveté de l'enfant et l'érudition du sage, la ferveur de l'amoureux et la patience du lettré. Les grandes interrogations se résolvent non pas en pirouettes ou en déclarations, mais en fragments, en formules dont la justesse enchante l'oreille et touche le cœur.

Extrait (télécharger l'extrait) :

vont les années, vont & reviennent les saisons, maintenant c'est le bel été, ne pas mourir en été, wenn die Erde für Spaten leicht, (Gottfried Benn) - [quand la terre pour la bêche est légère],

ne sois pas impatient, ne sois pas inquiet, ne t'angoisse pas, mais j'angoisse tout le temps, sauf dans mes rêves, - mes rêves ignorent les catastrophes, la maladie, la souffrance, la mort, mes rêves sont d'une sérénité stupéfiante, toutes mes angoisses je les exsude pendant le jour, la nuit je me repose,

on va te mettre dans le trou,

à ses deux questions pourquoi écris-tu ? et as-tu peur de la mort ?, je n'ai toujours pas répondu, peut-être qu'il faudra faire un livre, tout un livre pour y répondre, peut-être que je suis en train de l'écrire, peut-être que depuis longtemps, peut-être que depuis toujours je suis en train d'écrire ce livre, peut-être qu'un jour je me mettrai enfin pour de bon à écrire ce livre, ce seraient trois cents pages d'affilée, pourvu que je me mette à table, je ne suis ni savant ni historien ni exégète, et le choix de mes mots n'a rien de… rien de…, comment dire…, surtout que ses deux questions n'étaient qu'une seule question, et cette seule question n'était pas une question, mais plutôt, peut-être un peu sournoisement, comment dire, une sorte de thèse, d'hypothèse de travail, tu écris par peur de la mort…,

je suis au milieu de ma soixante et unième année ; est-ce l'automne, disons que c'est le tout début de l'automne, capelli bianchi, givre dans la tignasse - et bonne tige entre les jambes,

Yang Wan li, - cela se passe en l'année 1178 -, est assis dans sa chambre, il observe une mouche, écrit un quatrain : sur la fenêtre par hasard j'aperçois une mouche qui se réchauffe au soleil / elle frotte ses deux pattes, jouit d'un rayon de l'aube / avec le soleil l'ombre se déplace, elle doit le pressentir / soudain elle s'envole, je l'entends se poser sur une autre fenêtre, péripéties, nous écrivons des histoires de mouches et d'araignées, pendant quelques instants les instants ne comptent pas, pendant quelques instants le temps est léger, léger, pendant quelques instants rien ne compte et tout est possible, pendant quelques instants l'existence a l'importance d'une mouche - bonheur sans histoire d'être soi-même cette mouche qui se chauffe au soleil.