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Guido Fonteyn, Adieu à Magritte / La Wallonie d'hier et d'aujourd'hui, essai traduit du néerlandais (Belgique) par Micheline Goche, 2006. Préface de Jean Louvet. Couverture de Florence Saâdi.

La Wallonie n'a pas toujours existé. Elle est sortie de terre grâce aux Warocqué, Cockerill et Solvay, ces capitaines d'industrie qui ont extrait les minerais de la forêt ardennaise et le charbon des vallées de la Sambre et de la Meuse. Charbon et acier, capital et travail ont conduit au socialisme et, dans un climat de tension permanente, les ouvriers de la première révolution industrielle ont créé des syndicats et des partis.
Attirés par la prospérité de la Wallonie, des ouvriers flamands y émigrent en grand nombre. Ils sont incultes et traités comme tels ; Italiens, Européens de l'Est et Nord-Africains connaîtront plus tard le même sort.
Ce sont tous ces événements qui ont finalement abouti à la constitution d'une société multiculturelle quasi parfaite. Guido Fonteyn, dans un style alerte non dénué d'humour, en dresse pour nous un portrait empreint d'une affection réelle, nous invitant à découvrir ou à redécouvrir cette région qui a été l'une des plus riches du continent et qui est, depuis longtemps, une terre d'immigration.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  Face aux Warocqué, Cockerill et Empain, se trouvait la masse des ouvriers, qui habitaient avec leur famille dans des quartiers généralement sordides. Ou les isolés, qui occupaient des logements douteux, où la consommation d'alcool était élevée et les mœurs relâchées. Dans un curieux petit livre, Une mouette flamande en Wallonie, René-Pierre Hasquin raconte le grand désarroi du jeune émigrant Antoon Poppe, originaire d'Oudenburg, près d'Ostende, lorsqu'il constate que les faveurs de la logeuse, accordées une fois par semaine, sont comprises dans le prix de la location. Toon est pénétré des sermons du vicaire Keetlapper, qui l'a mis en garde contre les dangers de " cette Wallonie anti-flamande et non pratiquante ". Il surmonte rapidement le premier choc et découvre un monde de liberté, notamment sexuelle, qui fonctionne très bien sans ces vicaires qui se mêlent de tout. René-Pierre Hasquin a fondé son roman vrai sur des récits qu'il a entendu raconter dans sa famille et dans son entourage et qui nous donnent des indications sur les différences qui existaient, à l'époque, entre la Flandre qui se mourait et la Wallonie qui s'éveillait.
  Les événements vécus par Antoon Poppe - qui s'appelait en réalité Camille Deketelaere - montrent aussi que la vie des ouvriers, même celle des émigrés, n'était pas toujours faite de misère et d'esclavage et que la classe laborieuse de la Wallonie industrielle amorçait son émancipation sociale, politique et culturelle. Ainsi Toon Poppe s'installera à Charleroi, y épousera une Wallonne et, au soir de sa vie, se rendra une seule fois à Oudenburg. Et aussi à Ostende, pour découvrir la mer, qu'il n'avait jamais vue auparavant. Les ouvriers ne voyageaient pas pour leur plaisir. Cette dernière excursion de Toon Poppe est la variante populaire des aventures de Raoul Warocqué en Inde.
  La classe ouvrière s'est émancipée, en premier lieu, sur le plan politique. Le Parti ouvrier belge (POB) a été créé en 1885, mais ce moment officiel a été précédé d'une histoire longue et compliquée. En 1872, à Jolimont, près de la Louvière, on a construit la toute première " Maison du Peuple " de Belgique, résultat de la collaboration de quelques associations locales de travailleurs : La Solidarité, L'Union ouvrière, L'Union des Métiers du Centre et la section de Fayt-lez-Manage de l'Association internationale des Travailleurs (l'Internationale). Quelques militants, groupés autour de Théophile Massart, ont érigé Jolimont de leurs propres mains. Très vite, s'y sont installées diverses coopératives, qui fonctionnaient sous l'appellation Le Progrès. En 1886, année d'agitation sociale et politique, Jolimont a produit 24 000 kilos de pain par jour ; selon un décompte effectué en 1903, elle est devenue la plus grande boulangerie du pays. Il y avait également une boucherie, un atelier de confection, une cordonnerie, une pharmacie, toutes activités fondées sur une base coopérative et non sur un principe de rentabilité. Des mutualités, des syndicats et le parti socialiste y avaient également établi leur siège.
  Comme presque toutes les autres Maisons du peuple, celle de Jolimont a perdu sa fonction et, seule, une plaque discrète apposée sur la façade de ce café-restaurant rappelle qu'elle fut la toute première d'entre elles.
  L'histoire de la création de Jolimont montre qu'en 1872, le monde du travail s'était déjà structuré dans une large mesure. Cette évolution a bénéficié de l'appui de libéraux progressifs et, de manière moins significative, de catholiques progressifs, ceux-ci n'entrant en scène qu'après la publication de l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, en 1891. Quelques patrons ont accordé certains avantages à leurs ouvriers, comme une maison (le Bois-du-Luc), afin de s'assurer leur attachement ou par bienveillance, réelle ou feinte. Cependant, c'est en grande partie à elle-même que la classe ouvrière doit son émancipation.