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Eva Kavian, Autour de Rita, roman, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2002.

Dans ce roman qui pourrait se lire comme un recueil de nouvelles, des femmes se perdent et se retrouvent, des enfants naissent, des hommes vont et viennent.
Ces femmes se sont mises dans les attentes et l'ombre de leur mari ou compagnon. Elles ont oublié, à être mères et épouses, qu'elles étaient femmes, jusqu'au jour où ...
Sauf Rita. Mais Rita, elle, n'essaie pas d'arrêter de fumer.
Il est question des amies de Rita, de ces jours où le regard d'un autre homme ... Parce que toutes, elles en ont un, en ont eu un, ou vont en avoir un.
Et pourquoi pas elle ? Pourquoi pas Rita ?

Extrait (télécharger l'extrait) :

  "J'ai écrasé mon mégot tranquillement, consciencieusement, il faisait très sec. Carl s'est penché pour atteindre mes espadrilles et les ôter, il a posé ses mains sur mes pieds, la paume de ses mains est rêche, calleuse. Très chaude. Et sèche. Ses yeux sur moi ne tremblaient pas. Il a laissé ses mains monter le long de mes jambes jusqu'à mes genoux pliés qu'il a écartés pour se rapprocher de moi. Il avait une odeur de feu de bois dans les cheveux et ses mains lentement descendaient. Je sentais la forme de mes cuisses dans le chemin de ses mains immenses. Il m'a déshabillée pour me poser sur les traverses et j'étais là, couchée entre deux rails bleus bordés de potirons, sous les mains sèches et chaudes, prudentes, de Carl, mon voisin. Je trouvais que c'était beau, mon corps nu dans la nuit et tout ça, autour. Et Carl sans un mot. Les billes me brisaient le dos, les cailloux me crevaient la peau. Carl m'a déposée plus loin, près des tomates, là où je n'avais pas eu le temps, ce jour-là, de remettre des haricots. La terre était bonne sous ma peau et dégageait encore des relents de la fiente de pigeon dont je la nourris au printemps.

Carl m'a dit ça, qu'il voulait. Une fois. Pour ne plus être fou. Pour pouvoir penser à autre chose. Pour ne plus être en frémissements, toujours. Pour pouvoir me parler, après. D'autres choses. J'étais trop bien là, sous ses mains, dans ma terre trop sèche, à regarder mes tomates presque mûres et ce désir d'homme. Sans mes enfants, enfin dans le silence. J'étais contente d'avoir recommencé de fumer. Le vélo et la cigarette m'ont toujours donné un sentiment de liberté, de légèreté presque."