image en-tête
titre navigation
bord gauche
image acces rapide

     
     
titre recherche

       
bord bas
chemin Cliquez ici pour imprimer


Francis Dannemark, Une fraction d'éternité, carnet, Le Castor Astral, coll. " Escales du Nord ", février 2005.

Une fraction d'éternité, c'est le carnet d'un voyage sentimental tenu par quelqu'un qui ne quitte pas volontiers sa ville, contrairement aux habitudes migratoires de l'époque. C'est un livre où des textes en prose font écho, tantôt de près, tantôt de loin, à des poèmes qui racontent des histoires ou se murmurent comme des chansons. On y trouvera des souvenirs, des impressions, des réflexions, des anecdotes, des aphorismes et quelques citations, des questions ou des clins d'œil.
La sagesse proposée ici ne cache pas qu'elle est fragile, qu'elle avance sur un fil tendu entre des hésitations et des incertitudes. Mi-humoriste mi-moraliste, Francis Dannemark est un poète qui pratique l'émerveillement nonchalant et la mélancolie modérée. Il persiste à croire qu'il vaut mieux être légèrement grave que gravement léger.

Extraits (télécharger les extraits) :

L'amour fascine, comme le mont Everest ; tant de gens rêvent d'y aller, mais la plupart s'arrêtent au premier ou au deuxième gîte. Au retour, ils liront des romans. Je ne sais plus qui a dit qu'on écrit des histoires pour donner des souvenirs à ceux qui n'en ont pas.

Parler

Oh les mots qu'on dit dans la déception
et la colère, mots amers, déclarations de dégoût
et de guerre, mots et blessures,
on ferait mieux de se taire, dit-elle.

Et je songeais à ce qu'on dit parfois
dans la passion, aux mots jolis de l'amour,
à la poésie sonore des promesses,
et je lui ai répondu oui,
on ferait mieux de se taire.

Et nous avons continué
- la nuit avançait, blanche d'hiver -
à parler, à parler encore.

*

À l'âge de 6 ans, mon grand-père paternel était gardien de vaches. Plus tard, il est devenu sergent-instructeur dans l'armée prussienne. Puis chef de gare. Quincaillier et patron de café dans un village frontalier. Il est mort dans une boucherie en racontant une blague à la bouchère.

Menu alternatif

Au rayon des certitudes, dit le boucher,
il y a la viande, rien que la viande,
belle encore mais froide au toucher.

Je serais vous, ajoute la bouchère,
j'irais voir au rayon des incertitudes,
on n'y trouve que de l'incertain, d'habitude,
mais ça bouge, et c'est doux sous la main.

*

Nous inventons nos amis, nous inventons nos amours. Quand tout va bien, eux aussi nous inventent. Ainsi nous nous croisons dans des miroirs où nous rebondissons. Les plus émouvants, les plus justes peut-être, sont ceux dont le tain est légèrement abîmé, pareil à des mains qui se préparent à vieillir.

Le malheur est un film de série B

Noir est le ciel au-dessus de ta tête,
rares sont les belles lumières.
La ruine menace ta maison, pas
de fête, pas de consolation,
et des amis te trahissent, des proches
te tracassent et le bois de tes os craque,
mais comment, dit-il,
comment résistes-tu ?
Je n'ai rien contre le malheur, dit-elle,
mais c'est plus fort que moi :
le découragement m'ennuie, il suffit
de baisser les bras, il suffit
de laisser faire, de laisser entrer
la lourdeur des choses et la lente médiocrité
des Janine, des Joseph et des Martine à la plage.
Un peu de chagrin, je ne dis pas non,
à l'occasion, un peu de blues
dans un clin d'œil, un doigt
de tendre nostalgie.
Mais le malheur, merci bien,
c'est un vieux film fané,
je m'endors toujours avant la fin.