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Xavier Hanotte, Poussières d'histoires et bribes de voyages, poèmes, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

"Concierge des souvenirs", Xavier Hanotte nous propose d'étranges voyages en d'étranges contrées : "On n'est seul nulle part dans cette campagne : les fantômes lisent par-dessus l'épaule." Et, avec tendresse, ironie ou nostalgie, ils commentent le texte de notre vie.
Il y a longtemps que Xavier Hanotte écrit des poèmes. Secrètement, hors du temps, comme Barthélemy Dussert, dans Manière noire, son premier roman, traduisait des vers de Wilfred Owen. Elle est mince et poreuse, la frontière entre le poème et le roman, on aura l'occasion de le vérifier dans ces Poussières d'histoires. Et le contrepoint que Xavier Hanotte a accepté de composer en regard de chaque poème ouvre de passionnantes perspectives. L'art est un trompe-l'œil sans lequel nous serions condamnés à ne jamais rien voir.

Extrait (télécharger l'extrait) :

Il y a des villes où l'on n' ira jamais. Parce que leur sont attachés des rêves mort-nés. Et que nous y attendent leurs fantômes extrêmement doux et terribles.

VENISE SANS Y ETRE
       Pour Francis

Place Saint-Marc personne ne me voit
Et pour cause puisque je n'y suis pas
Ou alors incognito
Parmi les pigeons


A l'hôtel on me sert au lit
De la désillusion au jus de citron
Et j'étale la confiture amère
Sur les biscottes fragiles
Comme de faux serments.


Putain ça colle aux doigts.


Tu serais venue pourtant
Car toi au moins tu crois
Que rien ne s'est perdu
Dans ce vaste monde


Sinon


Quelques billets d'avion
Une histoire non écrite
A l'encre lavable
Un amour jetable


Qui s'effeuille et s'efface
Dans l'eau du Grand Canal
Qui fuit vers la mer.


*

J'ai rêvé, une nuit, qu'il me téléphonait. Je ne sais plus de quoi nous avions parlé. Pour tout nous dire, il nous aurait fallu une autre vie et nous ne l'avions pas. Je n'ai pas demandé comment c'était, là-bas. Et le silence m'a réveillé.

DES SPECULOOS SUR LA COMMODE

Ton dentier dans un pot blanc
Ta vieille montre à ton poignet
Dans ma poche une médaille
Et un reçu froissé -
C'est ça aussi, l'humanité -
Je cherche le ticket
Pour descendre au parking
Et tout s'éparpille
Sur les dalles propres
De cette cathédrale.


Toi tu dors là-haut
Sous un drap trop raide et je sais
Qu'il manquera toujours
Un au-revoir
Car tu es parti sur la pointe des pieds
Pour ne pas déranger.


Ta main a effacé la buée
Sur la vitre opaline
Le feu s'est éteint
Et je suis resté là
Concierge des souvenirs


Entre ces couloirs blancs
Naîtra l'enfant promis
Dans une autre histoire
De joie et de mensonge
Inconnue de toi -
Tu ne seras pas grand-père
Même après ta mort.


On est le six décembre
Et dehors le froid tue
Là-bas sur la commode -
Tu les a pris pour moi -
Des speculoos attendent
Un tout petit garçon


Et ta barbe blanche
A jamais compagne
De mon avenir
Ou ce qu'il en reste
Papa.