image en-tête
titre navigation
bord gauche
image acces rapide

     
     
titre recherche

       
bord bas
chemin Cliquez ici pour imprimer


Francis Dannemark, L’homme de septembre, roman illustré par Chris De Becker (dessins) et Yves Fonck (photos), Estuaire, coll. « Carnets Littéraires », 2004.

Essayant de fuir tant la canicule que ses problèmes professionnels, Philippe se réfugie hors de la ville dans une maison que lui prêtent des amis. Mais il retrouve là sa solitude et ses doutes, et s'installe dans une torpeur à peine atténuée par des conversations téléphoniques avec sa fille. Ecrasé par la chaleur, il n'arrête de se plonger dans la collection des films d'Hitchcock que pour arroser le jardin et nourrir les nombreux animaux dont il est le gardien.
Un jour, dans le voisinage, Philippe rencontre un homme d'un certain âge qui lui fait partager sa passion ancienne pour une chanteuse d'opéra, Lisa della Casa, et essaie d'ouvrir le cercle dans lequel il est enfermé...

Traduction chinoise publiée en 2008 par Yuan-Liou Publishing Co. Ltd. (www.ylib.com)



ESTUAIRE / CARNETS LITTERAIRES
10, rue du Cimetière
B-7522 BLANDAIN (TOURNAI)
estuaire@skynet.be
www.estuaire.be

Extraits (télécharger les extraits) :

     


1.


  Palais des glaces mais pas ça, pas l'été, pas l'été… Une petite voix dans un pli froissé de son esprit répétait ces mots comme ceux d'une chanson qui s'entête à revenir bien qu'on ne l'ait pas invitée. Il s'appelait Philippe. Depuis presque un demi-siècle. Mais comme tous les matins, à la frontière exacte du sommeil et du réveil, il n'en savait rien, il n'était pas différent des personnages qui peuplent les rêves, pas différent des humains déterminés ou fragiles qui l'avaient précédé, hommes et femmes vaguement perdus, résolument tendres ou passionnés, distraits, effacés ou lumineux, étonnés de vivre ou vivant par la force des choses, non, il ne savait rien, il pressentait simplement qu'il allait falloir revenir dans ce corps qui avait mal au dos, et ouvrir les yeux, et se lever.

  Alors il ouvrit les yeux. Il n'était pas encore 7 heures du matin mais la lumière qui s'infiltrait dans la chambre entre les lattes un peu disjointes des volets était vive. Trop vive. La chaleur ne s'était guère dissipée durant la nuit. Pas de vent. Mais il se rappela qu'il avait quitté la ville, où la canicule de juillet avait rebondi sur le mois d'août avec une force redoublée. Ici, c'était presque la campagne, une poignée de villas anciennes distribuées dans le désordre autour d'une rue sinueuse dont les pavés irréguliers faisaient office de ralentisseur naturel.

  Avant de se lever, il resta assis un moment au bord du lit, avala l'eau tiède du verre posé sur la table de nuit et alluma une cigarette. La douleur dans son dos et ses épaules ankylosés lui dessina des rides sur le visage. Mesurer ses mouvements, tourner lentement la tête à gauche, à droite. Enfiler un short, descendre les escaliers. Les volets baissés et les rideaux tirés laissaient le jour se débrouiller tout seul dehors. Il dut aller jusqu'à la cuisine pour voir la lumière en face. Par la porte ouverte, il aperçut les trois gardiens de la maison au garde-à-vous dans le jardin, près de la terrasse : le chat de pierre taillée au milieu, flanqué de deux chats tigrés, dont l'un clignait de l'œil en le regardant. Nous voilà quatre pour garder les lieux, se dit-il en cherchant du regard le cahier où Sophie avait soigneusement répertorié les tâches qui lui incomberaient durant son séjour.

(…)