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Léonard Nolens, Brèche, poèmes traduits par Marnix Vincent, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2004. Version bilingue.

Brèche rassemble quatre séries de poèmes parus dans des recueils successifs et qui seront suivies à l'avenir d'autres séries analogues: il s'agit d'un livre en devenir. Ainsi que le suggère le titre, une percée s'y effectue: le monde extérieur - et plus exactement sa dimension politique et sociale, en un mot l'Histoire - fait irruption dans le cercle d'une poésie jusqu'alors concentrée sur le monde intérieur de l'auteur. Parallèlement, celui-ci y abandonne le recours au mot je pour passer à un nous plus ample, pleinement conscient que dans certains domaines on abuse de ce nous pour conclure un pacte trompeur avec l'interlocuteur.

Nolens propose dans ces poèmes au rythme souvent incantatoire une vision profondément personnelle et concrète de la guerre (Brèche I et II), de la façon dont il a vécu certains événements, notamment Mai 68, loin de l'image-cliché proposée par les médias (Brèche III), et de son aspiration lancinante à écrire le livre définitif (Brèche IV):

    "C'est un très beau livre
    Que j'écris, que je suis, que jamais
    Je ne connaîtrai (...).
    Nul homme qui puisse un jour l'écrire."


Extraits (télécharger les extraits) :

6.

Nous devenions rarissimes.
Nous devenions d'aucuns.
On nous passait sous silence sur les barricades.
On nous passait sous silence dans la maison paternelle.

Entre les deux se situait et se situe un no man's land
À l'étude.

Là ne courait et ne court aucun chemin sanglant
Menant à des levers de soleil chantants.
Là notre fin de siècle était et est en train de bûcher
À table, une douleur sur douze pattes.

Nous étions rarissimes.
Nous étions d'aucuns.

Nous étions, avec père en nous, fermement contre le père.
Nous étions, avec semence de fils en nous, fermement contre le fils.
Nous lisions des gens usés d'hier.
Nous haïssions les gens flambant neufs de demain.

Nous étions fermement contre le floréal fulgurant dans la rue.
Pourtant nous n'étions contre personne.

Nous n'étions rarissimes nulle part
Sinon dans ce no man's land.
Nous étions l'exception
À nous-mêmes.