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Littérature en Flandre (33 auteurs contemporains), anthologie, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

  C'est à l'occasion du Salon du livre de Paris 2003, qui accueillait en invités d'honneur les écrivains de Flandre et des Pays-Bas que la collection " Escales du Nord " a publié l'anthologie Littérature en Flandre. Loin de l'image ancienne d'une Flandre provinciale et rurale, les 33 auteurs rassemblés autour d'Hugo Claus - romanciers, nouvellistes, poètes ou essayistes - ne cessent de surprendre par la vitalité et la diversité de leurs textes, pour la plupart inédits en français, et parfois même en néerlandais.

Cette anthologie est la seule à offrir une image aussi complète de la littérature flamande contemporaine. Tous les textes sont accompagnés de notes bio-bibliographiques détaillées et d’un portrait des auteurs, photographiés par quelques-uns des meilleurs photographes flamands actuels.

  Les auteurs : Paul Bogaert, Hugo Claus, Patricia de Martelaere, Josse de Pauw, Paul de Wispelaere, Jef Geeraerts, Luuk Gruwez, Kristien Hemmerechts, Stefan Hertmans, Peter Holvoet-Hanssen, Pol Hoste, Roland Jooris, Lieve Joris, Tom Lanoye, Ivo Michiels, Bart Moeyaert, Leonard Nolens, Leo Pleysier, Anne Provoost, Dirk van Bastelaere, Stefaan van den Bremt, Walter van den Broeck, Miriam Van hee, Geert van Istendael, Monika van Paemel, Eddy van Vliet, Kamiel Vanhole, Peter Verhelst, Eriek Verpale, ainsi que trois auteurs néerlandais installés en Flandre : Benno Barnard, Jeroen Brouwers et Oscar van den Boogaard.
Préface : Franck Venaille. Introduction : Anne Marie Musschoot.

Extrait (télécharger l'extrait) :

DE QUOI PARLER

De quoi parler ce soir ? Et parler
dans un pays que nous reconnaissons, tolérons,
rarement oublions.
Ce pays à la genèse cocasse,
au climat pluvieux, aux récits creux
sur le passé,
aux habitants avides jusqu'à leur ultime culbute
parmi les choux-fleurs.
Ils continuent à se multiplier
dans un paradis qu'ils inventent,
chasseurs de bonheur, tout tremblants,
bouillie au bec.
Tout comme dans la nature
qui épile nos médiocres collines,
calcine nos prairies, gazéifie notre atmosphère,
les vaches ingénues continuent à brouter.

Parler des écrits de ce pays,
imprimés parsemés de points d'interrogation
sur le papier tolérant
qui ne cesse de s'effrayer de son histoire
et dès lors se réfugie
derrière le masque d'une sténographie.

Parler des tentures qu'on referme sur soi-même.
Mais nous continuons à les entendre, les primates
puants qui dans des chambres
se harcèlent mutuellement.
Tout comme dans la nature
l'hibiscus ne répand nulle odeur,
les vaches innocentes le font qui s'enfoncent
dans la terre imbibée d'urine.

Parler dans ce pays d'herbe scintillante
où l'homme,
ver démesuré, carcasse que le rêve hante,
séjourne entre les cadavres qui pour morts qu'ils soient
continuent à obéir à notre souvenir.
Tout comme notre nature attend un miracle
unique qui un jour enfin
élucidera ce qu'on était,
et non seulement ce spectacle décrépit
bâclé par le temps.

Parler de ce temps qui, disait-on,
subsisterait comme stigmate et palimpseste?
Nous avons vécu dans un temps de consommation
et de consommabilité.
Quelle défense lui opposer?
Quelles plumes de fête plantées dans le cul ?
Quelle chanson dans la cave ? Peut-être.
Dis-le. Peut-être.
Quelques rayures dans l'ardoise

Hugo Claus

Traduction : Marnix Vincent