image en-tête
titre navigation
bord gauche
image acces rapide

     
     
titre recherche

       
bord bas
chemin Cliquez ici pour imprimer


Francis Dannemark, Qu'il pleuve, roman, Le Castor Astral, 1998.

Ce roman évoque, tout au long d'un été étouffant, la lente dérive d'un écrivain. Chez son éditeur, une femme a lu le manuscrit qu'il vient juste d'achever. Elle désire l'acheter. Mais pas à la façon dont on achète ordinairement un livre ...
Elle le veut pour elle toute seule. Comme on acquiert un tableau, un objet unique. Et pour cela, elle lui propose une forte somme d'argent. Mais l'écrivain peut-il ainsi vendre son roman, sa vie, son âme ?

Edition de poche : Pocket, 2000.

Extrait (télécharger l'extrait) :

1.


  C'était la fin du jour et la fin du mois de juin, déjà l'été, j'avais terminé un roman au titre absent. Silencieux et plus à l'abandon qu'abandonné, j'admirais, aux derniers étages du ciel, de longs nuages finement peignés.
C'était la fin du jour, le téléphone a sonné plusieurs fois, et bien que n'étant pas chez moi, j'ai fini par décrocher. C'est ainsi, au début d'un des étés les plus chauds du siècle - ce qui ne veut rien dire, car qui vit vraiment aussi longtemps ? - que j'ai entendu pour la première fois, posée comme un seule note sur une partition, la voix d'Ariane.
  J'étais à Paris, c'est-à-dire quelque part entre Bruxelles et les villas en bois, qui, à Houlgate, sur la Manche, assurent que le temps qui passe n'est qu'une vue de l'esprit. Jean-Michel, qui vit là depuis plusieurs années, se contente de dire que le temps est une chambre avec vue sur la mer. C'est lui qui a publié, voici une quinzaine d'années, mes premiers textes, et depuis lors, je lui donne à lire le manuscrit de chacun de mes livres. J'avais donc déposé un paquet de feuilles nommé "Roman 6" sur sa table de travail et nous avions marché longtemps sur la plage, parlant de musique et de la couleur de l'eau, parlant aussi, mais peu, comme toujours, de mon nouveau livre. D'une façon ou d'une autre, je suis nécessairement porté à sauver mes personnages, à leur ouvrir, pour finir, une porte même dérobée, à leur offrir ne fût-ce qu'une parcelle de beauté. Mais là, j'avais écrit une histoire dont la fin m'échappait. L'avant-dernier chapitre était donc devenu le dernier et c'était peut-être une bonne fin.
  J'aurais aimé avoir rapidement l'avis de Jean-Michel mais il avait cassé la veille les lunettes sans lesquelles il lui est impossible de déchiffrer quoi que ce soit. Il attendait dans la soirée des invités pour lesquels il allait déployer ses talents de cuisinier et je l'avais quitté après avoir reçu la promesse d'un coup de téléphone, soit à Paris chez des amis qui m'avaient invité pour quelques jours, soit chez moi.
  Parce qu'ils avaient quelques courses à faire, mes amis parisiens s'étaient absentés. L'air s'était transformé en blocs de chaleur empilés les uns sur les autres et, bien que ne supportant pas cette température, je l'aimais presque, parce que je pouvais facilement y dissimuler ma paresse et ma fatigue. Terminer mon roman, après de longs mois de travaux alimentaires qui m'avaient coupé l'appétit, n'avait pas été simple ; d'ailleurs, je ne l'avais pas vraiment terminé, et ce livre n'était pas, même lointainement, celui que j'avais rêvé . Bref, j'étais ailleurs, sans douleur ni joie particulières, et je regardais, très haut, et sans promesse de pluie, des nuages ni gris ni blancs. Alors le téléphone, alors une voix, voici Ariane.