Francis Dannemark, Mémoires d'un ange maladroit, roman, Robert Laffont, 1984 ; Le Castor Astral, 1999 (version revue).
Dans une vielle maison au bord de la mer du Nord, un homme âgé, Hermann, raconte son histoire ou, plus exactement,
ses histoires. Combien de vies a-t-il vécues en traversant l'Europe de l'après-guerre ? Il en livre des bribes
énigmatiques à l'homme et à la femme qu'il a engagés pour rédiger ses mémoires. Mais le travail n'avance guère
et nous assistons à une curieuse enquête : les protagonistes se font promeneurs parmi les objets du souvenir,
agendas, carnets, lettres ...
Avec un détachement qui n'exclut ni la compassion ni la tendresse, Hermann jette sur son existence et sur
le monde un regard plus amusé que nostalgique. Peut-être sait-il qu'il n'a pas dit son dernier mot… D'ailleurs,
ne faudrait-il pas composer sa vie comme un château de sable ?
Ce roman a été publié en néerlandais par les éditions Manteau, dans une traduction de Daniël Robberechts,
sous le titre De onhandige engel (1987).
"Je crois que je suis venu ici dans idée préconçue, sans avoir rien imaginé de précis. C'est peut-être
pour cela que je n'ai été qu'à moitié surpris de rester longtemps sans voir vraiment Hermann. Il m'a accueilli
à mon arrivée puis, d'une certaine manière, il a disparu, peut-être pour que j'aie le temps de m'habituer à la
maison, à moins que ce ne soit pour que lui, lui, le jardin, la maison, s'habituent à ma présence.
C'est Cathy qui m'a fait visiter les lieux, qui m'a laissé le temps de choisir l'endroit où j'allais m'installer.
C'est aussi elle qui m'a donné les premières indications relatives à mon travail de secrétaire. Elle m'a montré,
en me disant que j'aurais sans doute à les classer mais qu'elle ne savait pas exactement comment, tous les documents
rangés dans les bibliothèques, des bureaux, des armoires, des caisses. Quand je lui ai demandé si elle allait s'occuper
du même travail, elle m'a dit que non, qu'elle se chargerait de taper à la machine.
Pendant un certain temps, je suis donc allé d'une pièce à l'autre, feuilletant des agendas, regardant des
cartes postales, classant des livres, des factures, des lettres, des catalogues. Cathy a à peu près le même âge que
moi. À deux, nous devons avoir l'âge d'Hermann.
Quelques jours après mon arrivée, j'ai trouvé un tout petit livre, glissé entre deux tomes d'une vieille
encyclopédie. Cathy n'a pu me donner aucun renseignement sur l'auteur ou sur l'éditeur, et la dédicace est illisible.
J'ai montré à Cathy le curieux petit texte de Nicholas Mosley placé en exergue :
À présent nous voici vieillissant dans nos chambres, nos fauteuils. Cela s'est passé
tandis que nos sens ne regardaient pas. Tout dans notre tête. Le lien entre nous et eux est seulement dans les histoires."