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Francis Dannemark, Les petites voix, roman, Belfond, 2003.

C'est le début de l'été et la ville se vide. Une traductrice, journaliste à ses heures, accepte de faire pour un magazine le portrait détaillé de Paul Grenz, un musicien réputé mais mal connu. Disposant de peu d'informations, ignorant où il vit - et même s'il est encore vivant -, elle va être amenée à rencontrer diverses personnes l'ayant côtoyé. De témoignages en confidences, d'anecdotes en révélations, l'enquêtrice improvisée réunit à sa façon les pièces d'un puzzle apparemment paradoxal.
Mais la vie n'est paradoxale que si l'on croit qu'elle va ressembler à l'idée toute faite qu'on en a. Pour la jeune femme, l'enquête va se transformer en découverte. De quoi ? D'une certaine sagesse, peut-être.

  Mesdames et Messieurs, qui pour la plupart exercez d'importantes fonctions dans le monde de la culture, je vois dans vos yeux, dit Paul Grenz, que la même question vous tourmente tous : à quoi sert l'art ? Eh bien, c'est très simple : l'art, ça sert à montrer des éléphants très petits et des fourmis très grosses. Pour quoi faire ? me direz-vous. Parce que la vie est pleine de fourmis très grosses et d'éléphants très petits et que, sans les artistes, les petits éléphants, on ne les verrait pas. Et, sans le savoir, on continuerait toute sa vie à marcher sur des éléphants, espèce protégée pourtant, comme vous le savez.

Les petites voix seront rééditées au format poche chez Pocket en 2005.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  "J'ai regardé Peter Hartman. En me parlant, il s'était tourné vers quelque chose que je ne voyais pas et un très fin sourire se dessinait sur son visage.

  - La question, ce serait quelque chose comme : "Sommes-nous libres ?". Grrrrave question, n'est-ce pas ? Paul était parfois un homme très grave quand il était jeune, je vous ai dit ça, n'est-ce pas ? Bien sûr, nous ne sommes pas libres. Les choses vont, les choses viennent, tout bouge tout le temps, la roue tourne et la vie nous porte où nous devons aller et nulle part ailleurs.
  - Pas libres du tout ?
  - Libres de regarder, ça oui. Et c'est énorme comme liberté, vous savez. Regarder avec les yeux ouverts ou avec des lunettes noires. Regarder avec le sourire ou regarder avec de la colère ou de l'amertume. Paul savait ça - tout le monde le sait au fond de soi, mais à l'époque, il ne pouvait pas l'accepter. Il se débattait tout le temps. Moi aussi, mais un peu moins que lui. Ça appartient à la jeunesse. Certains y mettent beaucoup plus de force que d'autres. L'un casse un crayon, l'autre pulvérise sa maison ...
  - Qu'est-ce qui vous faisait sourire il y a un instant ?
  - La photo qui est là. Vous pouvez la prendre.

  Sur le bureau, j'ai trouvé une photo qui m'a paru cocasse. En noir et blanc, un improbable quatuor faisait des sourires. Peter Hartman avec sa trompette et Paul Grenz sans son piano étaient entourés par un gigantesque bonhomme de race noire accroché à une contrebasse et un minuscule Asiatique en blouse et short de tennis.

  - Le petit bonhomme, c'est Bobo-Roshi, un maître zen. La personne la plus extraordinaire que j'ai rencontrée de ma vie. La plus drôle aussi. Il ne faut pas que je parle de lui, je n'en finirais pas. Paul l'a rencontré dans des circonstances que j'ignore mais je sais que Bobo-Roshi lui a donné son adresse et lui a dit : "Si tu n'es pas mort dans trois jours, viens chez moi. Je t'apprendrai à jouer du shakuhachi". Voilà. Paul n'est pas mort (il n'en était pas loin pourtant) et il est allé chez Bobo-Roshi ..."