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Francis Dannemark, La tombe d'un jeu d'enfant, textes courts, Cadex Editions, 1995.

La tombe d'un jeu d'enfant, ce sont des nouvelles brèves, des cartes postales, quelques poèmes et des souvenirs ; ce sont des contes minuscules, des esquisses, des chroniques, des portraits.

Ces textes ont été écrits à la suite de ceux qui composent Sans nouvelles du paradis, publiés dans le même volume que le roman L'hiver ailleurs (Laffont, 1988).

Extrait (télécharger l'extrait) :

Sur une île déserte

  "Quels sont les deux livres que vous emporteriez si vous deviez passer un certain temps sur une île déserte ?" C'est une belle question, comme beaucoup de questions comprenant le mot "île" d'ailleurs. ("Combien d'îles possédez-vous ?", C'est une belle île n'est-ce pas ?").
  La question sur les livres à emporter présente l'avantage d'embarrasser la plupart de ceux à qui on la pose ; c'est sans doute pour cela qu'on s'en sert souvent. Dans les bonnes réponses, il y a "un annuaire téléphonique", "Cent manières de préparer les bananes" et "Comment se faire des amis". Moi, j'ai répondu sérieusement, parce que je suis d'un naturel sérieux - surtout quand on parle d'une île déserte où je serai censé m'installer. Un désert, j'en ai déjà un, et bien qu'il soit du genre très vide, je n'ai pas assez de place pour un deuxième. Ma réponse a été simple et rapide : "un manuel de survie de l'armée américaine et une bonne vieille grosse Bible". Déception évidemment. Et pourtant c'est logique : si on ne dit pas à quoi elle ressemble, l'île, mieux vaut prévoir le pire. Avec un manuel de survie (j'ai dit "américain" et pas "russe", je sais, mais c'est un choix linguistique, rien d'autre), le pire étant prévu, analysé et résolu, on peut s'occuper calmement du reste en fumant quelque chose.
  À moins d'avoir vraiment beaucoup de malchance, on trouve toujours quelque chose qui se laisse fumer sur une île déserte, ne serait-ce que du varech une fois qu'on l'a fait sécher. Et pour rouler des cigarettes, il n'y a toujours rien de mieux que le papier bible.
  Un détail encore. Je préfèrerais qu'on m'impose deux livres et qu'on me laisse le choix de l'île déserte. Partant du principe qu'on n'est nulle part plus isolé que dans la foule, je prendrais Manhattan. Je ne suis pas sûr qu'on puisse lire "Comment se faire des amis" dans ce genre d'endroit, mais je veux bien essayer.