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Francis Dannemark, La nuit est la dernière image, roman, Robert Laffont, 1982. Réédité en juin 2007 dans la collection de poche « Millésimes » aux éditions Le Castor Astral (version entièrement revue & corrigée par l’auteur).

Un homme et une femme. Les lieux, provisoires, où ils se retrouvent : villes, désert africain, plage de la mer du Nord. Et tout ce qui, les rapprochant, les éloigne.
Est-il possible, en effet, d'être véritablement présent au monde, à soi-même, à l'autre ? Il faudrait que la vie soit "comme un film lent mais sans moments perdus, parfaitement ajusté, loin de la réalité, l'inacceptable, l'insupportable réalité". Telle est la nostalgie de David. Et pour que la réalité soit acceptable, il faudrait, au sens propre, "tuer le temps", ce temps qui la ronge, perpétuel entre-deux. Ainsi David est-il prisonnier de cette malédiction qui tantôt le projette au-delà de lui-même, dans la fuite en avant, la peur, tantôt le retient en deçà, dans l'absence, l'indifférence - et l'on dirait, alors, qu'il sort du jeu, comme si tout et tous les êtres lui devenaient subitement étrangers, et presque inexistants…

Extrait (télécharger l'extrait) :

1


  À la fin tout se trouble. Les contours s'estompent. Ne restent plus que des lignes et des ombres. Fatigue des yeux, après avoir trop longtemps fixé la route tracée au milieu des étendues de sable, au milieu de ce scintillement aigu, inaltérable. Une mer de sable, mais qui n'a rien à voir avec la mer, celle qu'il imagine, qu'il revoit, grise, bordée de plages blanches où les pas des rares promeneurs de l'hiver dessinent de longues et dérisoires figures. Nulle silhouette depuis des heures, comme si le soleil avait fait le vide autour du véhicule.
  Anne semble endormie. Non, elle relève la tête, et se retourne quelques secondes, comme si elle pouvait encore voir la ville. Cette ville qui a disparu, qui n'était peut-être qu'un tourbillon de vent et de sable. Cette ville qu'ils ont traversée, à l'aube, d'une traite, et dont David semblait connaître le plan par cœur, dans ses moindres détails.
  Il ne parle pas. Depuis le départ, il n'a dit que quelques mots, tout entier absorbé par le voyage. Le voyage : cette route où la voiture élève dans son sillage des îles de poussière, ce ciel uniforme, qu'il regarde sans le voir.
  Anne s'est endormie. Elle ne voit pas passer les heures. Elle ne voit pas tomber la nuit. Elle a froid peut-être. David devine qu'elle frissonne dans son sommeil. Lui-même, à cette idée, se rend compte que la température, comme toujours, a fortement baissé dès la tombée du jour. Il voudrait prendre un vêtement chaud pour elle dans un des sacs de voyage qui sont rangés à l'intérieur du véhicule, mais comment s'arrêter ? Il ne le pourrait pas. Il continue, accentue même la pression de son pied sur l'accélérateur. Des nomades, au loin, sous leurs tentes, se réveillent peut-être au bruit de la voiture, puis se rendorment.


  Les heures de la nuit se ressemblent toutes, et la Land-Rover n'est plus qu'un bloc compact et sombre, accroché pour des siècles à la lumière des phares.