image en-tête
titre navigation
bord gauche
image acces rapide

     
     
titre recherche

       
bord bas
chemin Cliquez ici pour imprimer


Francis Dannemark, La longue promenade avec un cheval mort, roman, Robert Laffont, 1993. Prix Alexandre-Vialatte. Réédité en octobre 2005 dans la collection de poche « Millésimes » aux éditions Le Castor Astral (version revue par l’auteur).

C'est l'automne. Sur une route de campagne roule un camion. Il transporte un cheval congelé qui s'appelle Hope. David est au volant. Il prétend qu'il est jardinier - mais il est surtout perdu.
Pourquoi a-t-il détruit la maison de ses rêves ? Pourquoi néglige-t-il son travail ? Pourquoi a-t-il quitté la femme qu'il aime ? Et que fait-il là avec ce cheval pour compagnon ? Telles sont les questions que se pose Antoine, qui vient de rencontrer David dans un champ de boue où l'un et l'autre ont dérapé.
Antoine est écrivain, mais il a quitté la littérature et Paris pour vivre avec Rosa une histoire sage. "L'amour, c'est le malheur", a-t-il écrit autrefois. Maintenant, il a composé avec la vie, et d'une certaine manière, atteint son but. Il lui reste à accompagner David dans le voyage singulier que celui-ci a entrepris sous le signe d'un cheval mort.
Voilà, dira-t-on, une étrange histoire. Elle a le charme mystérieux de ces coquillages qui, lorsqu'on les porte à l'oreille, vous murmurent tous les secrets de la mer.

Extrait (télécharger l'extrait) :

1


  La fin du jour ne s'appelle pas encore la nuit et quelque chose de clair s'installe dans les branches basses des arbres bordant le canal comme pour y rester toujours.
  Pourtant, la journée s'achève. L'eau brune du canal a viré au noir, et peut-être ce changement de couleur a-t-il modifié les intentions de David. David qui est perdu et qui a songé longuement à s'y jeter. Avec ou sans le camion ? La question en cache une autre : avec ou sans le cheval ? Un cheval nommé Hope, comme Bob Hope, comme Elmo Hope, le pianiste de jazz méconnu, Hope comme l'espoir mais quel espoir ? David arrête le moteur, quitte la cabine. L'odeur de l'eau lui envahit les narines, elle est douce, un peu lourde. "Mais qu'est-ce que je fais ici ?" dit-il à voix haute et il va vers l'arrière du camion, dont il ouvre la porte.
  Encore une fois il est impressionné par la taille du cheval et le froid le fait frissonner. Les sangles sont bien fixées, Hope n'a pas bougé. Debout à ses côtés, David se dit que c'est insensé, ce voyage. Il quitte le camion. Une fine pluie s'est mise à tomber, elle balaie lentement la surface du canal. Au bout, pense David, il y a la mer, tôt ou tard, et l'espoir fait vivre aussi les types comme moi. Il se passe la main dans les cheveux, le mouvement lui dit qu'il a un peu mal à la tête, il se penche en arrière, muscles du cou un peu douloureux pour avoir passé trop d'heures à rouler sans s'arrêter. Là-haut, le ciel est un décor d'étoiles qui commencent à clignoter. S'y promènent de longs nuages effilochés, poussés par des vents que la nuit presse. Le rideau va bientôt tomber. David actionne le démarreur et le bruit du moteur efface celui de la pluie. Doucement, le camion rejoint la route qui longe le canal. On ne peut pas toujours revenir en arrière et, surtout, on ne peut pas toujours tout recommencer à zéro. Le compteur indique 189 624 kilomètres. Le camion n'est pas neuf, la vie non plus, et le cheval est immobile.