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Francis Dannemark, La grève des archéologues, roman, Le Castor Astral, 1998.

C'est l'hiver. Françoise et Ludovic partent à Venise, emportant avec eux des morceaux de vie plus ou moins chiffonnés.
C'est peut-être si simple, l'amour ... Mais comment dire je t'aime quand on l'a déjà dit ? Alors on le dit à l'envers, avec l'espoir que l'amour ne se volatilise pas.
Loin de son image de mort et de nostalgie, Venise n'est pas ici une ville fragile sans cesse au bord du naufrage, mais une ville légère, aérienne, où construire ensemble reste possible.

La grève des archéologues a été publié en italien chez Avaglione, en 1999, dans une traduction de Stefania Ricciardi, sous le titre Cicatrici di pietra.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  "Anton a noté à la main la traduction de quelques phrases ici et là pour sa petite-fille, à commencer par le titre, Les années douces et autres poèmes, qu'il a barré d'un trait léger et sous lequel il a inscrit : Les années Douce. Du livre ouvert s'échappe une feuille de papier, Françoise la rattrape au vol et la tend à Séverine, qui l'invite à la lire. C'est une lettre d'Anton :

  Chère Séverine, comme je suis un homme qui commence à vieillir, et je dis cela avec le sourire car j'ai beaucoup rajeuni ces dernières années, je m'autorise à recopier ici pour toi quelques petites réflexions qui n'ont pas pris place dans le livre, du moins pas sous cette forme-là. Je voudrais faire cela pour te dire que mon bonheur est grand de te voir marcher à nouveau du côté de la route où la lumière est la plus belle. Je crois que tu ne m'en voudras pas de dire simplement des choses simples.
  En tout amour il y a de l'égoïsme. Qui nous aime nous permet d'être nous-même. Mais il n'y aurait pas d'amour qui vaille si l'amour n'était pas fait d'abord et enfin de générosité. Qui ne connaît pas le plaisir qu'il y a à faire plaisir à l'autre a raté sa vie, je crois.
  Apprendre à ne pas blesser ceux qu'on aime prend des années. Toute une vie sans doute. Mais peut-être les oiseaux apprennent-ils toute leur vie à voler.
  À la question : "Qui suis-je ?", je ne peux répondre que par une autre interrogation : "Qui suis-je avec toi, et qui sommes-nous ensemble ?" On peut donner une réponse à la seconde question, alors que la première donne le vertige et, au bout du compte, la nausée.
  La magie de l'amour, c'est qu'il nous donne une chance d'être meilleur. Pas meilleur que les autres, mais meilleur que ce que nous sommes quand la vie n'est qu'une suite de jours qui s'empilent comme des bûches de bois que de toute façon l'on va brûler. La magie de l'amour, c'est qu'il rend beau, et qu'au lieu de rendre la justice, il propose la justesse.
  Mon père avait adopté cette devise : "Agis en conscience et ne crains personne." Juste avant de mourir, il m'a dit ceci : "Mon coeur me joue des tours, Anton, mais c'est parce qu'il a beaucoup servi." Et il s'est mis à rire. Il me plaît, quand je pense à lui, de penser qu'il est mort de rire. Et de penser qu'il s'est beaucoup servi de son cœur."