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Francis Dannemark, Choses qu’on dit la nuit entre deux villes, roman, Robert Laffont, 1991. Réédité en mai 2006 dans la collection de poche « Millésimes » aux éditions Le Castor Astral (version entièrement revue & corrigée par l’auteur). Préface de Xavier Hanotte.

Entre deux villes, entre deux vies, Wolf et Lena se rencontrent, à l'occasion d'un mariage dont ils doivent être les témoins. Voilà de quoi faire une ou plusieurs histoires d'amour, au gré d'une conversation au bord de mer, en hiver, quand tout le monde est ailleurs.
Entre deux villes, Wolf et Lena ne font qu'effleurer, avec la complicité de la nuit, un amour qui aurait pu être. L'amour, ce sera pour demain, et avec quelqu'un autre. Mais il n'est pas interdit d'être heureux en attendant le bonheur ; c'est peut-être le meilleur moyen pour le trouver : telle est la morale que nous suggère ce récit écrit comme à mi-voix.

Prix franco-belge des lycéens et prix Charles-Plisnier.

Extrait (télécharger l'extrait) :

1


  À la fin de l'hiver, c'est la mer qui est en vacances. Une collection de gris, qui va du plomb jusqu'aux gris clairs dont on fait de si beaux regards. Du gris et puis aussi du rose à l'horizon, et le bleu incomparable du ciel quand le vent disperse les châteaux de nuages. En tout cela, personne. Comme si une loi naturelle interdisait les rassemblements, décourageait les groupes, abolissait les associations, les clubs, les armées petites et grandes.
  C'est février. Entre deux tempêtes, c'est déjà le printemps, et à cette heure où le soleil se couche en éclairant le monde au niveau des vagues, la mer qui n'est pas petite devient soudain vraiment grande.
  "Hello ! Vous allez bien ?"
  La femme qui a posé cette question vient de traverser la plage qui est longue à marée basse. Elle rejoint un homme qui était là avant elle, à regarder le soleil couchant au bord de l'eau. Regardez ce type. Qui est-ce ? Que fait-il ? Regardez-le, écoutez-le s'il parle. Lisez par-dessus son épaule les phrases qu'il écrit.
  "Allègrement", répond l'homme. Et il sourit pour ajouter :
  - Je me sens comme une virgule dans un sous-titre, tout en bas, sur le plus grand écran du monde. Approchez-vous un peu de moi, à deux on va faire point-virgule.
  - C'est une proposition ? fait-elle en riant.
  - Non, une ponctuation !


  Le soleil est tombé dans la mer. Le point et la virgule quittent lentement le bord de l'eau. Dans la dernière lumière de jour, l'homme et la femme touchent au même instant leurs joues : elles sont tièdes encore, alors que le vent devient piquant. L'homme fredonne un air de jazz, elle lui en demande le titre et il répond : "Un mélange. C'est pour accompagner le bruit des vagues", dit-il un peu plus tard. J'ai souvent l'impression, quand je suis au bord de la mer et qu'elle est calme, surtout le soir, qu'il y a un batteur de jazz en train de jouer très lentement, qu'il frôle ses instruments et que d'une seconde à l'autre on va entendre un piano, une basse, un sax. Alors, en attendant l'orchestre, je fredonne.
  - Vous croyez que la cérémonie se fera sur des airs de jazz ?
  - Ça ferait un beau mariage mais ça m'étonnerait. Vous êtes de la famille ou ... ?
  - Une amie de la mariée. Et vous ?
  - Un otage.