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Pier Paolo Pasolini, Où est ma patrie, poèmes traduits du frioulan par Luigi Scandella, édition bilingue, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2002.

Ce recueil, écrit entre 1947 et 1948, est le reflet d'un double engagement de Pasolini. Adhérant au Parti communiste italien, il prend fait et cause pour les opprimés, ouvriers et paysans. Mais, dans le même temps, il oeuvre pour un Frioul autonome, conscient de son identité culturelle et linguistique au sein de l'État italien. Ces deux axes d'action sont exprimés dans les divers dialectes locaux du Frioul occidental.
Comme en d'autres périodes de sa vie, Pasolini rencontrera incompréhension et opposition. Au-delà de ces remous circonstanciels, Pasolini, prenant son inspiration à la source des drames existentiels singuliers, donne à son message poétique une dimension universelle où chacun peut reconnaître son aspiration originelle : "Ma patrie est ma soif d'amour".

Extrait (télécharger l'extrait) :

Je m'en contente

Dans le soir pur du samedi,
je me contente de voir les gens
hors de leur maison, riant dans l'air

Mon cœur aussi est d'air
et dans mes yeux rient les gens
et dans mes boucles luit le samedi.

Jeune, je me contente des gens,
vivant, je me contente de l'air.

Je suis habitué au mal du samedi.

*

Beau comme un cheval

Mon père m'a donné cent francs :
vingt ans, beau comme un cheval,
je resplendis de fêtes et de gaieté.

Au cinéma, au bal, dans la gaieté,
fête, tu conduis le cheval ;
envie, tu coûtes cent francs.

Je ris avec mes cent francs,
avec les boucles et les yeux rouges de gaieté
et l'innocence du cheval.

Riches, je vous coûte cent francs.

Je suis inutile

*

III


Un homme dans une ville morte,
un ruisseau sec.

Hommes morts de gaieté,
hommes aveugles de gaieté,
hommes lointains de gaieté,
ruisseaux heureux dans la plaine claire,
chants d'anges solitaires,
que personne n'entend,
parties jouées avec des boules d'or
que personne ne voit,
fêtes brillantes sur les planchers
près des rives heureuses de la mer !

Dans la maison, ma mère
attise le feu sous la saucisse.
J'ai vingt-deux ans,
sans travail.
Je suis inutile.