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Patricia Nolan, Travelling, poèmes traduits de l'anglais (Irlande) par Cécile Wajsbrot, édition bilingue, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2001.

L'Irlande est de ces pays où la poésie fait partie de la vie de tous les jours au même titre que la couleur du ciel. Patricia Nolan a beaucoup voyagé, parfois loin de son Irlande natale, mais elle a emporté la poésie avec elle. Tragiques, les histoires qu'elle nous rapporte font malgré tout sourire ; inquiétantes, elles apaisent et enchantent. Souvenirs de la princesse juive de Harcourt Street, lunes de miel espagnoles, aventures sud-africaines à main armée, paysages irlandais tourmentés, il y a tout cela dans Travelling. Des larmes amères et des éclats de rire.

Extrait (télécharger l'extrait) :

UNE MAIN D'ARTISTE
            à ma mère

Tu dors dans le fauteuil à oreillettes
de la chambre du fond. C'est ton décès quotidien.
Ta respiration est légère.
Alors que la vie s'emballe à la télévision :
des chevaux franchissent
le poteau d'arrivée, des enfants meurent en Afrique,
des étoiles naissent dans l'espace tandis que tu dors.

Ton beau visage de jadis a gardé ses formes.
Je n'ai pas de rides, dis-tu,
en les lissant de ta main, celle qui repose
sur le bras du fauteuil pendant que tu dors.
Tu as une main d'artiste bien que tu n'aies fait
que nourrir des enfants ou laver des draps.
J'admire ta main, une sculpture d'après Dürer.

À cinq heures, comme le phénix, tu quittes le fauteuil
pour préparer le thé, lire le journal.
Oh ! Sais-tu qui vient de mourir ? dis-tu.
J'attends que tu me donnes un indice
mais tu es absorbée dans ta nécrologie.
On l'a enterré à Mount Jerome.
J'ignore toujours son nom,
sans doute une connaissance de jeunesse.
C'était un bon danseur, dis-tu.
Je t'imagine danser dans les bras
d'un bel homme. Il tient ta main
de porcelaine dans la sienne,
regarde ton jeune visage, et vous dansez
unis, tournoyant dans la pièce.
La vie se mesure en mains.

AN ARTIST'S HAND
            for my mother

You sleep in your winged armchair
in the back room. It's your daily demise.
Your breathing is shallow
as life gallops by on TV: horses pass
the winning post, children die in Africa,
stars are born in space while you sleep.

Your face, once beautiful, has kept its contours.
I've no wrinkles, you say, as you smooth them away
with your hand, the same one that rests
on the arm of the chair while you sleep.
You have the hand of an artist
although all you have ever done
is feed children, wash sheets.
I admire your hand, it's a sculptured Dürer.

At five, you rise from the chair phoenix-like
to make tea, read the paper.
Oh ! Do you know who's just died ? you say.
I wait for you to give me a clue
but you are busy reading the obituary.
He's being buried in Mount Jerome.
I still don't know his name,
probably someone you knew as a girl.
He was a beautiful dancer, you say,
and I imagine you dancing in the arms
of a good looking man. As he holds
your fine china hand in his, he looks
into your young face as you dance
as one round the room.
Life is measured in hands.