Miriam Van hee, Le lien entre les jours, poèmes traduits par Etienne Reunis, édition bilingue, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2000.
"La voix de Miriam Van hee n'est pas de celles qui brisent le cristal, qui font concurrence au tumulte.
Ceux qui l'ont entendue lire ses poèmes sont même en droit de penser que son souffle ne doit guère inquiéter
les bougies. Et pourtant, c'est une voix qui porte loin, c'est une voix qui déplace les montagnes pour qu'on puisse,
derrière elles, voir la mer.
Le grand art est décidément quelque chose de simple, qui fait tenir dans quelques mots sans fanfare toute la magie
de nos vies, nos plus fines douleurs et nos joies les plus durables."
on écrit comme on boit
on ne sent pas le froid
le temps ou la faim
on veut saisir toute la lumière
qui entre par la fenêtre, sentir
le printemps avant qu'il soit là,
découvrir les secrets
lire dans les lignes de la main
ouvrir, diviser
on écrit comme on boit
pour ne pas être seul
ZATERDAG
schrijven is als drinken
geen kou geen tijd
geen honger voelen
overmoedig al het licht
dat door het raam komt
vatten, de lente voelen
voor ze komt, opgraven
wat verborgen is
handlezen, openmaken
delen
schrijven is als drinken
om niet alleen te zijn
AU DANEMARK
le chemin le plus court passait par un champ
de chaume qui me rappelait tes cheveux
et m'éblouissait comme de la neige
au soleil
et je me rappelle que tu n'aimais pas
ce mot, blond était facile
trop explicite et imprécis à la fois
cela posait des bornes
que toi tu déplaçais
tu revenais ainsi dans mes pensées
et je n'éprouvais plus de regret, ni
ce mélange d'angoisse et de bonheur
tu venais, je te laissais entrer
comme tu rentres dans mes rêves
en me fatiguant, tu choisis
toujours le chemin le plus long
IN DENEMARKEN
de kortste weg liep door een stoppelveld
dat mij deed denken aan je haar
en mij verblindde als sneeuw
onder de zon
en ik herinner me dat je niet hield
van dat woord, blond was gemakkelijk
men zei er te weinig mee en te veel
men gaf de grenzen aan
die jij verlegde
zo kwam je weer in mijn gedachten
en ik voelde geen spijt maar ook
niet meer die mengeling van angst
en blijdschap, je kwam, ik liet
je binnen zoals je in mijn dromen
komt en mij vermoeit, je neemt
altijd de langste weg
LE GARDON DE SAINTE-CROIX
un garçon sous le noisetier
jette des pierres dans l'eau
comme il pourrait se promener
faire du vélo ou disparaître
quelqu'un l'appelle et lui fait signe
on attend une visite
on mangera et on boira
mais l'eau qui brille fait signe aussi
ils se tiennent ainsi
entre l'immobilité et la continuité
un garçon, qui jette des pierres
et moi qui l'appelle constamment
pour l'amener vers les serviettes
et les vêtements secs, nous avons
tous deux raison, mais le soleil se couche
déjà et ce jour
ne reviendra pas
LE GARDON DE SAINTE-CROIX
een jongen onder de hazelaar
gooit stenen in het water
alsof het lopen is of fietsen
of verdwijnen
iemand roept zijn naam
en wenkt, er wacht bezoek
er zal gegeten en gedronken worden
maar ook het water wenkt
zo staan zij tussen
stilstand en vooruitgang
een jongen, stenen gooiend
en ik die hem aanhoudend roep
en handig afleid met handdoeken
en droge kleren, wij hebben
allebei gelijk maar de zon
gaat al onder en deze dag
keert niet terug