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Jef Geeraerts, Marcellus, récit traduit par Marie Hooghe, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

L'écrivain flamand Marnix Gijsen avait coutume d'appeler son jeune confrère Jef Geeraerts du nom du neveu de l'empereur Auguste, Marcellus. Geeraerts a lui aussi un jeune neveu brillant qu'il surnomme Marcellus et qu'il initie aux mystères de la nature. Marcellus est une lettre adressée à ce neveu, rédigée lors d'une randonnée en solitaire dans les Fagnes. Un récit bref et intense que l'écriture transcende en un testament prophétique.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  "Marcellus,
  Il m'arrive de plus en plus souvent de me réveiller en sursaut au cœur de la nuit. Les yeux grands ouverts, respirant posément, je me recroqueville en chien de fusil et réfléchis avec fébrilité. Et toujours, la même idée me taraude : j'ai été réveillé par l'urgence d'une chose à faire avant qu'il ne soit irrémédiablement trop tard (quand viendra l'Heure du Loup, ce moment de la nuit, vers quatre heures du matin, qui voit naître et mourir la plupart d'entre nous). La peur s'insinue alors en moi, une peur qui me glace, tandis qu'allongé dans les ténèbres les plus pures, dans cet infini que chacun porte en lui, j'attends, l'esprit lucide, l'instant du passage de la nuit à l'aurore, quand l'espace se dilate lentement avant de pousser, pour la énième fois, son premier profond soupir.
  En cette nuit du printemps de ma cinquante-cinquième année, quand le signe du Bélier se rapproche de celui du Taureau - une période dont les Celtes se méfiaient à un tel point qu'ils restaient éveillés près de feux, criant et battant la mesure avec des fagots -, je suis couché seul dans ma tente en un lieu qui, à ma connaissance, n'est connu que de toi et moi. Sous un chêne que recouvre peu à peu un voile vert pâle, au sommet de l'escarpement qui surplombe le confluent du Ternellbach et de la Helle. Ce que tu ignores, c'est que je me trouvais déjà ici même, à proximité du rocher anguleux en pierre calcaire, en 1950, à l'âge de vingt ans, alors que les deux cellules qui te donneraient naissance étaient encore en lieu sûr pour douze ans moins neuf mois. Je me demande pourquoi, trente-cinq ans plus tard, j'ai choisi précisément ce jour pour évoquer un souvenir oublié."