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Jef Geeraerts, Oiseaux de nuit, roman traduit par Marie Hooghe, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2002.

Septembre 1943, dans un coin perdu de la campagne flamande. Carl, âgé de 13 ans, vit ses derniers jours de vacances dans la ferme de ses grands-parents, loin d'un père autoritaire et froid et d'une mère faible qui le protège. Élève brillant d'un collège jésuite contre lequel il se révolte, il rêve de Salammbô et de Néfertiti. Dans la forêt, il rencontre Jos, un garçon sauvage qui vit dans une cabane abandonnée avec sa mère et sa sœur, Alice. Une amitié naît presque aussitôt entre ces deux êtres si opposés mais qui partagent le même goût pour la nature qui les entoure. Quand Alice, de trois ans son aînée, entre en jeu, c'est la passion que va découvrir Carl, une authentique passion où se rejoignent ses rêves les plus cultivés et ses instincts profonds. Mais Carl va brutalement quitter le monde de l'enfance. Quoi qu'il arrive, il ne sera plus jamais le même : cette quête initiatique lui aura donné une force, une liberté qui jamais ne le quitteront.

Extrait (télécharger l'extrait) :

Vendredi

  Il avait beaucoup plu cet été-là mais en septembre, le temps avait brusquement changé. Le ciel devint d'un bleu cobalt délavé où les avions alliés, en route pour l'Allemagne, traçaient de fines traînées de condensation.
  Le bois, que Carl appelait en imagination Le Domaine du Grand Tabou, sentait chaque jour davantage le brou de noix. Les bruits rendaient un écho assourdi. Depuis des jours, il n'y avait pas un souffle de vent.
  Adossé au tronc d'un pin, Carl lisait. Il attendait la chouette Nicanor qui, vers cette heure, sortait toujours de son trou entre les racines pour parler avec lui. Un vague pressentiment l'assaillit. Lui serait-il arrivé quelque chose ?
  Il ferma le livre, pensa au terme générique désignant en latin la chouette et dit tout haut :
  - Athene noctua.
  Sa voix résonna comme dans une pièce close. Il jeta un coup d'œil à la ronde et se sentit gagné par la mélancolie.
  Le matin même, il avait consigné dans son journal : Vendredi 10 sept. 1943. Encore cinq jours et les vacances seront finies.
  La langueur, qui accompagnait invariablement la mélancolie, approchait à pas de loup. Il ferma les yeux et se laissa couler vers son île intérieure, là où il était hors d'atteinte et pouvait s'abandonner au silence qui petit à petit chanterait comme une conque, avant que le bourdonnement acharné dans sa tête ne prenne le dessus.