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Jef Geeraerts, Sanpaku, roman traduit par Marie Hooghe, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

Ce roman nous fait suivre les tribulations des propriétaires successifs d'un violoncelle acheté en 1859 à Paris chez le facteur Vuillaume. Beauté et raffinement, mais aussi violence et magie, sont les clés de cette histoire extraordinaire, placée sous le signe d'une force mystérieuse nommée sanpaku ("les yeux de la mort", pouvoir que possédaient certains samouraïs). Cette force maléfique constitue le fil conducteur de ce roman qui commence à Paris en 1939 et nous conduit à Anvers, au camp de concentration de Sobibor, à Bayreuth et, enfin, dans un village abandonné de la Dordogne.
Tout en rendant hommage aux compositions de Jean-Sébastien Bach, Jef Geeraerts convoque ici toutes les puissances de l'ancien Japon et les mystères du pays cathare.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  "Avec des gestes tendres mais hésitants, il retira l'archet de la housse, puis le violoncelle. L'instrument était d'une curieuse couleur sombre et un peu terne, il était noir, mais sa forme parfaite et symétrique était celle de l'école de Crémone, basée sur les lois immuables du nombre d'or. Il serra prestement la cheville en palissandre, jeta un coup d'oeil à la ronde et avisa un prêtre, debout dans la nef latérale, qui l'observait, immobile. Il se détourna, posa l'échancrure du violoncelle contre la chaise, tendit l'archet, prit l'instrument par le manche et s'assit. Il l'ajusta entre ses genoux, enfonça la pique entre deux dalles et plaça l'auriculaire gauche dans la première position de la corde du ré. Il ferma les yeux, inspira profondément par le ventre et appréhenda ce qui allait se passer : son oreille interne perçut immédiatement l'acuité optimale et une force tira son bras vers l'instrument.
Les cinq notes qui composent presque chacune des premières mesures de la Sarabande de la 5e Suite en do mineur pour violoncelle seul de Bach s'élevèrent, pénétrant non seulement l'espace mais portant jusqu'au faîte de la coupole, où ils se figèrent avant d'être renvoyés avec une pureté cristalline. La peau de son crâne se rétracta, tous les poils de son corps se dressèrent. Il modifia légèrement le basculement du violoncelle et retint un peu plus longtemps que nécessaire le sifflement du de la troisième mesure. Tout son être n'était plus qu'oreille interne. Le miracle se produisit : il avait l'impression de jouer la Sarabande pour la toute première fois."