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Willem Elsschot, Villa des Roses, roman traduit par Marnix Vincent, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2004.

À Paris, vers 1910, M. et Mme Brulot tiennent une modeste pension de famille où se mêlent caractères et cultures. Leurs clients y mènent un train de vie paisible jusqu'à l'arrivée de Louise, la nouvelle femme de chambre. Jeune mère et veuve, elle est appréciée par ces messieurs. Une série de malheurs, à commencer par le suicide d'un des pensionnaires, s'abat sur la pension. Comédie de mœurs, Villa des Roses est l'histoire douce-amère de la face cachée de l'amour. Nous y retrouvons l'indubitable raffinement littéraire et l'humour froid non dénué de compassion de l'auteur de Fromage (Le Castor Astral, 2003).
Villa des Roses a été adapté au cinéma par Frank Van Passel, avec Julie Delpy dans le rôle de Louise.

Extrait (télécharger l'extrait) :

"La Villa des Roses, où les époux Brulot tenaient table d'hôte et louaient des chambres, était située rue d'Armaillé, une rue qui ne payait pas de mine parmi les spacieuses avenues du quartier des Ternes. La maison elle-même était à l'image de la rue : elle n'avait qu'un étage, tandis qu'à la ronde se succédaient les immeubles qui en comptaient cinq ou six et, de part et d'autre, dominaient altièrement la Villa. Ainsi la pension n'était-elle pas sans faire penser à une ancienne maison de campagne, assiégée et cernée par l'avancée irrésistible de la grande ville, mais quant à la précision contenue dans le déterminatif "des Roses", jamais personne n'était parvenu à en produire une explication valable. Sans doute la maison avait-elle un jardin, ce qui est devenu rare à Paris, mais depuis que monsieur et madame Brulot, il y avait plus de seize ans, s'étaient installés dans cette demeure, aucune main charitable ne s'était souciée du jardin, si bien que les roses et autres fleurs appartenaient à une époque depuis longtemps révolue. En outre, comme les ombres gigantesques des maisons voisines couvraient tout le terrain de la Villa, c'était un jardin pauvrement ensoleillé. Dans de telles conditions, seule l'herbe avait réussi à tenir bon, l'herbe qui prospère d'autant mieux qu'on s'en occupe moins, et qui est l'amie des pierres oubliées et des ruines en gestation. La situation étant ce qu'elle était, madame Brulot avait promptement décidé d'élever des poules : elles étaient une trentaine à picorer dans le "parc" de la Villa. Et comme si Paris n'existait pas et que le soleil ne se couchât point sur leur royaume, ces volatiles, chose incroyable, pondaient des oeufs, que madame vendait en ville à vingt centimes la pièce. A l'intention de la garnison de la Villa, elle achetait pour la moitié de ce prix des oeufs italiens, allait le matin les cacher çà et là dans le jardin, après quoi, durant la journée, ils étaient apportés en triomphe à la cuisine. Il arrivait que certains se plaignent de la viande ou du café, mais pour ce qui est des oeufs, ces messieurs-dames étaient unanimes: ils n'avaient pas leurs pareils dans toute la ville."