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Willem Elsschot, Fromage, roman traduit par Xavier Hanotte, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

Frans Laarmans, modeste employé à Anvers, se retrouve soudain représentant d'une entreprise hollandaise de fromage d'Edam - avec dix mille fromages en dépôt dans sa cave ... Bien vite les désillusions s'accumulent. Cette satire particulièrement savoureuse du monde des affaires est aussi une évocation brillante des années 30. Willem Elsschot, en maître de l'humour froid, observe avec un mélange de compassion et de férocité les faiblesses du genre humain.
Traduit dans de nombreuses langues, Fromage a reçu récemment un accueil enthousiaste aux Etats-Unis. En 2004, il a été l’une des meilleures ventes de l’année en Allemagne.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  Enfin je reprends la plume, car de grandes choses sont sur le point d'advenir, et cela par la grâce de Monsieur Van Schoonbeke.
  Il faut savoir que ma mère est morte.
  Une triste histoire bien sûr, non seulement pour elle mais aussi pour mes soeurs, qui se sont presque tuées à force de la veiller.
  Elle était vieille, très vieille. A quelques années près, je ne sais pas à quel point elle pouvait être vieille. Elle n'était pas malade à proprement parler, mais usée jusqu'à la corde.
  Ma soeur aînée, chez qui elle vivait, était gentille avec elle. Elle lui trempait son pain, veillait à ce qu'elle aille bien aux toilettes et, pour l'occuper, lui donnait des pommes de terre à peler. Et elle pelait, pelait, comme pour un régiment. Nous apportions tous nos patates chez ma soeur, la dame du dessus faisait pareil, de même que quelques voisins, car lorsqu'on avait essayé de lui faire peler une seconde fois un seau de pommes de terre déjà pelées, elle l'avait remarqué.
  "Celles-là sont déjà pelées", avait-elle dit.
  Quand elle fut devenue incapable de peler - les mains et les yeux ne collaboraient plus très bien -, ma soeur lui donna à effilocher de la laine et du kapok agglomérés en boulettes dans les oreillers. Cela faisait beaucoup de poussière et maman était couverte de peluches de la tête aux pieds.
  Cela continua donc ainsi, jour et nuit : somnolence, effilochage, somnolence, effilochage. Et de temps en temps, un sourire qui filtrait. Dieu sait pour qui.
  De mon père, qui était mort depuis cinq ans à peine, elle ne gardait plus aucun souvenir. Il n'avait jamais existé, malgré les neuf enfants qu'ils avaient eus ensemble.