image en-tête
titre navigation
bord gauche
image acces rapide

     
     
titre recherche

       
bord bas
chemin Cliquez ici pour imprimer


Hugo Claus, Cruel bonheur, poèmes traduits par Marnix Vincent, édition bilingue, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

Lire Cruel bonheur, c'est accepter de se brûler au feu d'une écriture possédant une étonnante intensité picturale et musicale, capable d'adopter tous les registres, du plus précieux au plus brutal. Une écriture toujours concrète et sensuelle, forte et virile.
Tout bonheur, dit Hugo Claus, peut être cruel. C'est pourquoi il oppose à nôtre monde qu'il ressent comme foncièrement défectueux mais dans lequel il vit avec passion, tantôt le cri d'un âpre refus, tantôt les armes de l'humour et de la dérision.

Extrait (télécharger l'extrait) :

Ostende

C'est là que mon existence
Commença à tomber en déliquescence.
J'avais dix-neuf ans, je dormais
A l'Hôtel de Londres, sous les combles.
Le paquebot passait sous ma fenêtre.
Chaque nuit la ville s'abandonnait
Aux vagues.

J'avais dix-neuf ans, je jouais aux cartes
Avec les pêcheurs qui rentraient d'Islande.
Ils venaient du Grand Froid,
Les oreilles et les cils pleins de sel, et
Mordaient dans des quartiers
De porc cru.
Ah, le cliquetis des dés. En ce temps
De vogelpik et de poker, j'étais toujours gagnant.
Ensuite, à l'aube, j'allais longeant la cathédrale,
Cette chimère de pierre et de peur,
Longeant la digue déserte, le Kursaal.
Les cafés de nuit
Avec leurs croupiers aux yeux caves,
Les banquiers ruinés,
Les Anglaises poitrinaires
Et montant de la nappe turquoise de la mer
Les cris cruels des mouettes.

"Entrez donc, monsieur le vent",
Crie gaiement un enfant
Et sur Ostende souffle un nuage
De sable venant de l'invisible vis-à-vis
La brumeuse Angleterre,
Et du Sahara.

Longeant les façades de pharmaciens qui vendaient
En ce temps-là des condoms en murmurant,
Longeant l'estacade et les brise-lames,
La minque et ses monstres marins,
L'hippodrome où je cessai un dimanche
De gagner.

Dimanches qui allaient et venaient.
Nuits à l'Hôtel des Thermes
Où je m'effrayais de ses gémissements,
De ses soupirs, de son chant.
Sa voix continue à hanter mes
Souvenirs.
J'ai connu d'autres îles, mers, déserts,
Istanbul ce château en Espagne,
Chieng-Mai et ses mines terrestres,
Zanzibar dans la chaleur de la cannelle,
La lente lenteur du Tage. Ils disparaissent
Sans cesse.

Plus nettement dans la lumière du Nord

Je vois le visage enfantin
Du Maître d'Ostende caché dans sa barbe.
Il était de cartilage,
Puis il fut de cire,
Aujourd'hui de bronze.
Le bronze où il sourit
A la pensée de sa jeunesse raide-morte.

*

Oostende

Daar is mijn bestaan begonnen te vergaan.
Negentien was ik, ik sliep
In het Hôtel de Londres op het hoogste verdiep.
De mailboot voer onder mijn raam.
Elke nacht leverde de stad zich over aan
De golven.

Negentien was ik, ik speelde kaart
Met de vissers van de IJslandvaart.
Zij kwamen uit de Grote Koude,
Hun oren en wimpers vol zout, en
Beten in hompen rauw
Varkensvlees.
Ah, het geklik van dobbelstenen. In die tijd
Van vogelpik en pietjesbak won ik altijd.

Daarna bij dageraad langs de kathedraal,
Dat stenen spinsel van vrees,
Langs de verlaten dijk, het Kursaal.
De nachtcafés
Met de hologige croupiers,
De bankroete bankiers,
Engelse meisjes met tbc.
En vanuit de turkooizen zee
Het wreed gekrijs van de meeuwen.
'Kom binnen, meneire de wind,'
Schreeuwt een uitgelaten kind
En over Oostende waait een wolk van zand
Vanuit de onzichtbare overkant
Het heiige Engeland
En de Sahara.

Langs de gevels van apothekers die in die tijd
Condomen fluisterend verkochten,
Langs de pier en de golfbrekers,
De vismijn met haar zeegedrochten,
De paardenrenbaan waar ik op een zondag
Niet meer won.

Zondagen die kwamen en gingen.
Nachten in het Hotel van de Thermen
Waar ik schrok van haar kermen,
Zuchten, zingen.
Haar geluid teistert nog altijd mijn
Herinneringen.
Andere eilanden, zeeën, woestijnen
Heb ik gekend, Istanboel dat luchtkasteel,
Chieng-Mai met zijn landmijnen,
Zanzibar in de hitte van kaneel,
De trage trage Taag. Zij verdwijnen
Gestaag.

Scherper in het licht van het Noorden
Zie ik het kinderlijk gezicht
Van de Meester van Oostende verdoken in zijn baard.
Hij was van kraakbeen,
Toen van was,
Nu in brons.
Het brons waarin hij
Glimlacht om zijn morsdode jeugd.