image en-tête
titre navigation
bord gauche
image acces rapide

     
     
titre recherche

       
bord bas
chemin Cliquez ici pour imprimer


Benno Barnard, Le naufragé, poèmes traduits par Marnix Vincent , édition bilingue, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2003.

De langue néerlandaise, Benno Barnard a appris l'hébreu avec son père, parle anglais avec son épouse américaine, et s'exprime couramment en français. Ce contexte culturel et historique paradoxal confère à son œuvre une tension particulière. Remarquables par leur musicalité et leur impressionnante virtuosité technique, ses poèmes, souvent longs et réunis en cycles, posent essentiellement la question de l'identité de l'Européen après la Seconde Guerre mondiale, et donnent, dans la tradition de T.S.Eliot et Joseph Brodsky, une portée universelle à l'anecdotique.

Extrait (télécharger l'extrait) :

Les poètes

Nous,
voyeurs aveugles sous le jupon
de l'espace céleste,
philosophes sourds qui grattent avec application
un violon,
experts vivants de notre mort -
nous sommes fous de désir

de vous,

mais n'avons rien d'autre à offrir
qu'écume de jupon,
art de boyaux de chat, absurde mention
des grands mystères ;
à notre désir manque une musique
toute-puissante.

Contes, des contes, radotez-vous.

Donc, on aime et on meurt.
Quelqu'un peut-il tendre
un arc impossible, venger son géniteur
sous couvert de folie,
se trouver nez à nez avec une fille
sur la côte du Texas.

Nous avons tenu bon jusqu'ici,
car l'anecdote, malgré tout
a besoin du sublime, et le sublime
de l'anecdote. Pardonnez-nous
nos émouvants tripatouillages
sur des queues de cerise.

Dans l'espoir que le vent se mélange à notre ouvrage
c'est à vous
que nous envoyons nos poèmes énamourés.

De dichters

Wij,
blinde gluurders onder de petticoat
van het hemelruim,
dove filosofen die toegewijd krabben
op een viool,
levende deskundigen van onze dood -
we zijn gek van verlangen

naar jullie,

maar hebben niets anders dan onderrokschuim,
kattendarmkunst, zinloos gewag
van de grote mysteries
te bieden;
het ontbreekt ons verlangen aan een muziek
die alles vermag.

Vertelling, vertelling, zeuren jullie.
Dus wordt er liefgehad en doodgegaan.
Weet iemand een onmogelijke boog
te spannen, wreekt een ander
onder het mom van gekte
zijn verwekker; later in zijn leven
komt de derde voor een stervend paard te staan.
We hebben het uitgezongen tot nu,
want ondanks alles heeft de anekdote
het sublieme nodig, en het sublieme
de anekdote. Vergeef ons
ons ontroerend geknoei met dt's en details.

In de hoop dat de wind zich vermengt met ons werk
schrijven wij onze verliefde gedichten

aan jullie.