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Natacha Nisic, Le tatouage d'Eléonore, roman, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 1999.

Tout commence dans une petite ville en bord de mer où résister à l'ennui se fait chaque jour plus délicat, tant l'oisiveté engendre de névroses. Éléonore et son cercle d'amis déambulent sur la plage, dans une galerie d'art ou en boîte de nuit. Les événements anodins prennent des proportions hallucinantes.
Absurde parodie d'enquête policière, histoires d'amour loufoques et inquiétantes ... Brinquebalée dans cet univers où angoisse et sensualité vont de pair, Éléonore tente de résister à ses phobies. Mais une simple rencontre suffit parfois à tout faire basculer. Si Le tatouage d'Éléonore peut faire songer aux romans de Mircea Eliade ou de Boris Vian, ce voyage onirique possède surtout ses propres et vénéneux secrets.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  - C'est chiant ici.
  - Pas plus qu'ailleurs
  - Tu en es sûre ?
  - Non.
  J'avais répondu non sans réfléchir. Julie s'est étirée sur le sable en bâillant. Une petite veine bleue, toujours la même , battait sur son front. Le reste de son visage contrastait avec ses vêtements de cuir sombre. Elle était très attirante et si j'avais été un homme, je crois que j'aurais tenté quelque chose avec elle, là, sur la plage. Malgré ses dix-sept ans et la rumeur qui lui collait à la peau : "Elle est mignonne ; elle est gentille, elle couche avec tout le monde."
  Brusquement, Julie s'est redressée. Elle plissait les yeux en fixant un point bleu électrique, juste devant les vagues, qui avançait vers nous à une vitesse régulière. J'avais reconnu celui qu'on s'amusait à appeler "l'homme qui court". Car lui aussi avait ses habitudes : jogging tous les matins, à sept heures précises, vêtu d'un survêtement bleu électrique et d'une petite moustache. Trois kilomètres de plage aller-retour.
  L'homme qui court est arrivé à notre hauteur. Il semblait absorbé et confiant. Brun, avec une mèche blanche dans les cheveux. D'ordinaire il courait avec sa femme, mais cette fois-ci il était seul. Bizarre. Personne pour souffler sur sa mèche blanche lorsqu'elle lui tombait dans l'œil.
  Julie s'est agrippée à mon bras.
  - Eléonore, tu as vu son oreille ?
  J'étais surprise.
  - Non, pourquoi ?
  - Il a du sang sur l'oreille.
  - Du sang ?
  Julie s'est levée d'un bond.
  - Viens, on va voir ça de plus près.