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Yves Buin, L’illusoire retour des îles, anthologie personnelle, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2002.

Cette anthologie redessine un parcours qui s'inscrit depuis 1965 dans une exploration protéiforme : romans, récits, nouvelles, essais, poésie.
Les textes choisis sont de fidèles exemples de ce qui a animé Yves Buin durant toutes ces années : le surréalisme nocturne, le jazz, la ville, la politique… Ceci dans une écriture dont l'humour n'est jamais exclu.
Accompagnés de quelques inédits, ces textes donnent priorité aux récits et aux poèmes, sans tenir compte d'une quelconque chronologie. "Mémoires", "Après la nuit", "L'oiseau du bonheur", "L'art ?", "Blues", "Cosmo" ou "Sandeman" peuvent se lire indépendamment les uns des autres. Ils contribuent à introduire à la lecture d'une œuvre passionnante et qui s'est voulue sans concessions.

Extrait (télécharger l'extrait) :

Les environs de minuit

  J'ai toujours aimé les gares. Surtout aux environs de minuit. Certains hommes sont nés pour le jour, moi je suis un homme de la nuit. J'erre ainsi dans la ville, autour de la Gare Centrale où vivent jusqu'à l'aube des bars et des femmes. Là est mon port, ma rive et mon histoire. J'y cherche depuis des années mon ami de toujours, mon frère d'enfance, un musicien public coureur de rues : Jordan Borg, disparu un jour comme le songe nocturne qu'il était. Peut-être même puis-je prétendre ne l'avoir jamais connu. Mais je viens chaque soir sur la trace de nos pas, selon le rite de notre passé.
  Les uns vont à l'amour, au concert, au théâtre. Les autres se glissent dans les bars. Ils ont besoin comme moi de ces bouches silencieuses qui aspirent nos solitudes. Je vais y retrouver mes routes égarées, perdues dans cette grande ville d'exilés. Mais ce plaisir solitaire n'a pas survécu à un dernier soir, au lendemain duquel j'ai franchi les premières dunes de ce désert où je m'enfonce sans cesse. Et sur ces dunes s'inscrivent d'avance les traces de mes pas.

*

L'illusoire retour des îles

1


Les îles de la lumière
venant jouer sur le dos de la main
le parcours d'un piano inconnu
un cadeau de ciel d'orage
à l'heure proche où s'avancent les dunes.


Quelques vagues lointaines gardent le silence.
Une brise solaire tente de
mesurer l'écart de l'horizon.


Ce qui amuse l'eau c'est la recherche d'un rivage
comme la pente du nord dessine le portrait
d'un passager mélancolique :
l'Espagnol à qui manquent les mots de son mystère.


Le fil rouge de la douleur
pulvérisant toutes les belles pensées
tandis qu'il ne reste plus qu'une planète froide
où, nécessairement, s'épanouiront des fleurs nouvelles.


Esclave et rebelle mêlés
se consumant aux sources négatives
donnant leurs parades
sur le champ des combats mortels.


(5 mars 1980)