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Jerome Charyn , À La Mort Subite, avec des photographies de Michel Castermans, Le Castor Astral, coll. « Escales des lettres », mai 2014.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Chénetier. 96 pages / 12 € / ISBN : 978-2-85920-950-6


En 1987, dans son roman Frog, Jerome Charyn crée un nouveau personnage, Sidney Holden, un tueur professionnel en quête de son identité. Il revient dans Elseneur puis disparaît… Vingt ans plus tard, on retrouve Sidney Holden à La Mort Subite, célèbre café bruxellois, le temps d’une histoire brève mais intense : tout ce qu’il croyait savoir sur son père, membre de la Police Militaire en Europe durant la Deuxième Guerre mondiale avant de devenir un flingueur, va se trouver complètement chamboulé. Et la découverte de la photo d’une très belle femme ressemblant à l’actrice Maria Montez n’arrange rien car il se pourrait bien qu’il s’agisse de sa mère, qu’il n’a jamais connue… Holden mène l’enquête dans la ville de Bruxelles, qui prend sous la plume de Jerome Charyn une dimension insoupçonnée, soulignée par les images en noir et blanc du photographe Michel Castermans.

Extrait (télécharger l'extrait) :

1.

Il n’avait brisé le gosier de personne depuis des années. Holden n’était qu’un ancien tueur de plus à s’être évanoui dans le paysage. La femme qu’il adorait l’avait trompé avec la mort ; elle était tombée d’une échelle et avait succombé à un anévrisme à l’âge de trente-six ans. Il avait alors vendu sa copropriété de Central Park West et était revenu en Europe, là où il était né. Holden s’était établi en France, la patrie de sa mère, une mère dont il ne se souvenait même plus. Son père avait servi dans la police militaire américaine. Stationné dans le nord de la France juste après la Deuxième Guerre mondiale, il avait épousé une fille du cru, une dentellière originaire d’une petite ville proche de la frontière belge. Elle s’appelait Nicole.
   C’était tout ce qu’il savait d’elle, outre le fait qu’elle avait été assassinée par une bande de pillards venus de Bruxelles, de l’autre côté de la frontière. Le père de Holden, apparemment, avait travaillé pour eux, utilisé sa couverture dans la police militaire pour se débarrasser des rivaux de la bande en Belgique et en France ; Nicole, d’une manière ou d’une autre, était tombée entre deux feux.
   Son père avait alors quitté l’armée pour aller se cacher, le restant de ses jours, à deux ou trois kilomètres de Manhattan, dans le quartier de Queens, et il était devenu chauffeur pour la Compagnie des Fourrures Aladdin, une autre équipe de pillards. Holden avait alors carrément escaladé le dos de son père pour devenir vice-président ; il trucidait pour la firme, faisait cracher les débiteurs récalcitrants : la police militaire d’Aladdin. Son père était mort dans un coma éthylique et Holden, qui bénéficiait d’une pension à vie versée par Aladdin, avait opté pour une retraite anticipée.
   Il vivait à l’hôtel Aiglon, qui donnait sur le cimetière de Montparnasse, allait toujours au même restaurant, au même cinéma du boulevard Montparnasse, au même bordel de la rue du Dragon. Il aurait continué ainsi jusqu’à sa mort si sa banque ne l’avait informé que son compte était à sec : sa pension à vie s’était tout à coup tarie. Il ne pouvait même plus payer sa facture au boxon.
   Mais une lettre arriva à l’Aiglon, bourrée d’euros, avec un billet sur le Thalys, une carte bleue à son nom et un petit mot :
   Holden, ton avenir est à Bruxelles.
   J’ai réservé l’ancienne chambre de ton père au Métropole,
   place de Brouckère 31.
   Ne rate pas ton train, s’il te plaît.
   Mes salutations les plus sincères.
   Un admirateur inconnu