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Georges Flipo, Le film va faire un malheur, roman, Le Castor Astral, coll. « Escales des lettres », janvier 2009.
Format : 12 x 19 ; 314 pages. Couverture : Contemporary African Arts Collection Limited / Corbis. Prix : 15 €. ISBN : 978-2-85920-783-0


Cette comédie sociale voit s’entrecroiser les destins de trois personnages : Alexis, le jeune réalisateur, Sammy, le malfrat cinéphile, et Clara, la directrice commerciale en agence de publicité. Ils vont piloter le lecteur entre trois mondes : celui du cinéma, celui du crime et celui de la publicité. Le plus dangereux des trois est-il celui qu’on pense ?

Venu présenter son premier long métrage dans un ciné-club de maison carcérale, Alexis fait la connaissance de Sammy, un dangereux caïd. Ce dernier s’entiche du cinéaste et le presse de tourner un film sur sa vie de malfrat. Il est même prêt à infléchir cette vie au gré du réalisateur pour qu’elle devienne plus adaptable au cinéma. Alexis se retrouve piégé par cette amitié envahissante. Une liaison à haut risque, comme l’est celle de Clara avec les deux hommes. Si Sammy finira par assumer seul son destin de cinéma, il aura au passage bouleversé l’existence d’Alexis dont les amours, les amitiés et la carrière vont s’empêtrer pour l’entraîner dans le plus imprévisible des scénarios.

L’intrigue est aussi rebondissante que dans un thriller, le climat aussi noir que dans un polar, mais il s’agit d’une comédie allègre et féroce, au style ciselé. Une comédie qui se moque de tout, du cinéma et même de la littérature.

Extrait (télécharger l'extrait) :

1. Le long des planches

— Alexiiiis !
Le iiii était violent, un bâtonnet sans ouate qui déchirait le tympan et pénétrait jusqu’à l’os. Longtemps, Alexis Pirief garda la certitude que ce iiii avait été la cause – à tout le moins la cause première – des navrants événements dans lesquels il se trouva contraint de jouer le premier rôle. Plus tard, quand l’histoire esquissa une volte farceuse et lui offrit un visage plus avenant, Alexis pardonna ce iiii. Il sut même l’oublier. Après tout, ce destin, c’était lui, lui seul, qui l’avait enfourché, éperonné et guidé. Plus tard, bien plus tard encore, lorsqu’il fallut trouver un coupable à son amère aventure, il n’en vit plus d’autre que lui-même, et il en conserva un sentiment d’injustice commode – de ces injustices qu’on ressasse la nuit, comme un enfant sanctionné, avant de ne pas s’endormir.

— Alexiiiis !
Alexis préféra ignorer ce second appel. Clara ne savait pas crier son nom. Il lui avait souvent expliqué qu’il était plus élégant, peut-être même plus russe, de poser l’accent tonique sur la seconde syllabe, A-leeeexis ! Clara n’en avait cure ; quand elle criait, elle voulait simplement qu’on l’entendît, il y avait là toute son intelligence utilitariste. Mais ce second appel était-il vraiment désagréable ? Alexis avait une façon bien à lui de dénicher de petits bonheurs dans toute contrariété – l’inverse étant encore plus fréquent ; il aimait qu’on parlât de sa sensibilité paradoxale. Et quand personne n’en parlait, il lui arrivait de glisser les deux mots avec un sourire contrit. Oui, le second appel avait son charme. Il tombait du dernier étage de l’immeuble et résonnait dans la petite rue Amiral de Maigret avant d’atteindre Alexis qui, sur le trottoir, s’apprêtait à un jogging besogneux. Quelques voisins pointaient le nez à la fenêtre ; on saurait dans la rue que le touriste du quatrième, un certain Alexis, partait courir tôt le matin. Un courageux, ce type, pour aller cavaler à huit heures le long de la plage de Trouville dans le brouillard frisquet d’avril.
— Alexiiiis !
Il était maintenant raisonnable d’entendre Clara. Esquissant une foulée, Alexis se retourna lentement, comme si le iiiil’avait caressé en l’atteignant enfin. Clara s’agitait sur le balcon du petit appartement, un portable à la main. Elle était en slip et avait enfilé le haut d’un survêtement qui voilait modestement l’ancrage de ses cuisses. Les voisins allaient croire que Clara dormait en survêtement, comme dans les campings, et Alexis se demanda comment dissiper ce malentendu d’une affreuse vulgarité. Peut-être fallait-il faire circuler le bruit qu’elle dormait nue. Après tout, c’était vrai. Mais c’était là une rumeur bien difficile à lancer dans une ville où l’on est inconnu. Pourquoi pas en prenant le café au comptoir de la brasserie ? « Le temps est humide, pour un mois d’avril. Ma femme, qui dort nue, a souvent froid le matin…» C’était jouable.