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Daniel Soil, Vent faste, roman, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2000.Prix Jean-Muno.

Entre Fiume (l'actuelle Rijeka), Bruxelles et l'Albanie nouvelle, entre la Grande Guerre et les années 70, trois hommes ne cessent de s'égarer et de se retrouver. Justin Jamar, son fils Amédée et son petit-fils Bernard essaient chacun à son tour d'oublier le quartier nord-est où la bourgeoisie bruxelloise rumine ses petitesses. Leur longue marche à travers le XXème siècle est ponctuée d'engagements politiques à l'emporte-pièce, de convictions religieuses figées, d'histoires d'amour exceptionnelles, de drames et de retrouvailles épiques, de "coïncidences" comme on n'en trouve que dans la vie. Véritable géographie sentimentale, ce roman est l'aboutissement d'une dizaine d'années de travail.
Vent faste, c'est cent ans de l'histoire politique et sociale européenne. C'est aussi une saga familiale au charme envoûtant.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  "Tirana, rue des Barricades. Face au siège du Parti, sont alignées les Volgas, les Zills et les Tatras aux minuscules lucarnes arrière. Sur toutes les fenêtres - larges ou étroites - de ces monstres, on a placé des rideaux couleur coquille d'œuf qui préservent l'anonymat des cadres politiques et des idéologues qui ont voulu la rupture avec Moscou.
  De l'autre côté de la rue, stationnent les autobus, asthmatiques et immortels, destinés aux masses populaires. Bernard les passe en revue, cherchant celui qui pourrait le mener à Shkoder, la ville la plus proche de la frontière yougoslave. Il trouve et s'approche. Un regard écarquillé du chauffeur intime aux passagers l'ordre de se bouger, de faire place. Bernard esquisse un léger sourire, s'assied, sort ses journaux et parcourt d'un œil les titres de Zeri i Popullit. Il a un regard indulgent pour les photos retouchées de Pionieri et de Shkenca Jeta. Les voyageurs dévisagent longtemps l'étranger-ami-du-pouvoir, sans rien laisser paraître de leurs sentiments. Bernard relève les yeux, acquiesce une dernière fois la curiosité des voyageurs en adressant un salut à la cantonade et se tourne pour de bon vers la fenêtre.
  Au-delà des escarbilles qui ternissent la vitre, Bernard toise le bronze de Staline sur pied qui trône au milieu de la place. Le père des peuples semble satisfait du silence de ses ouailles. Une main s'est glissée sous le manteau à hauteur du coeur. L'autre, tenue dans le dos, pétrit une liasse de feuillets roulés : à coup sûr, la liste des individus à double face qui, au cours de la lutte idéologique, "ont perdu le fil de la ligne juste et brandissent le drapeau rouge contre le drapeau rouge." "