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Philippe Blasband, Quand j'étais sumo, nouvelles, Le Castor Astral, coll. « Escales du Nord », 2000.

"Ces nouvelles ont été écrites sur quinze ans. Certaines sont de pures fictions, d'autres sont plus autobiographiques. Ce sont les fictions qui me décrivent et me trahissent sans doute le plus.

Le point commun de toutes ces nouvelles, c'est que ce sont des tranches de cake. Hitchcock classait les films en deux catégories : les tranches de vie et les tranches de cake ; c'est-à-dire, d'une part des chroniques, et de l'autre, des films plus ludiques, sacrifiant la vérité psychologique et la crédibilité à l'excitation du spectateur.

Contrairement à Hitchcock, je n'ai rien contre les tranches de vie : Raymond Carver, Maupassant ou Mavis Gallant font partie de mes écrivains préférés. Mais, pour une raison étrange, je n'ai écrit, comme nouvelles, que des tranches de cake. Des quatre-quarts. Des crumbles. Des cakes au citron. Bon appétit!" Ph.B.

Extrait (télécharger l'extrait) :

  "J'ai toujours eu des problèmes de poids. Jusqu'à ma puberté, j'étais trop maigre ; la nourriture me dégoûtait ; mes genoux étaient plus larges que mes cuisses ; ma mâchoire saillait. Au moment où j'écris ces lignes, j'essaie de perdre une dizaine de kilos que j'ai en trop et cela m'obsède plus que cela ne devrait. Je fais des régimes absurdes et déprimants. Je m'angoisse tellement que je compense en mangeant mal et trop. Mais à aucune période de ma vie, la nourriture n'a été aussi présente, manger n'a été autant une obsession que quand j'étais sumo.
  Je pesais cent-vingt kilos, ce qui n'était pas fameux. Je mangeais pourtant six fois par jour, avec d'abord, comme base, une sorte de riz au lait très sucré, dopé aux farines pour bébé, ensuite des steaks, du saucisson, des gâteaux crémeux, des pâtes fraîches fourrées, du poisson gras et de préférence cru, du lait complet, des pommes de terre rissolées, des bananes et, pour arroser le tout, des boissons à base de yaourt, dough, ayran ou lahssi, alternativement sucré ou salé.
  Le sumo occupait toute ma vie. Je me levais à cinq heures trente et courais une dizaine de kilomètres avec, aux pieds, des souliers lestés de plomb. Je faisais deux heures de musculation le matin et une heure le soir. Parfois je nageais, ou je jouais au badminton. Le reste du temps, je m'entraînais. J'étais devenu champion de l'éphémère heya d'Europe de l'Ouest, ce qui n'était pas trop compliqué : nous n'étions qu'une dizaine, dont seulement trois minaraïs, et un seul makushita : moi-même. J'allais partir au Japon pour gagner un tournoi, passer jûryô, et devenir le premier sumo professionnel blanc, le premier jûryô à moitié juif, à moitié iranien, le premier jûryô à devoir s'épiler les fesses toutes les deux semaines."