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Note

Le cas Rozier

Connaissez-vous Jacques Rozier? C’est un cinéaste français. Merveilleux et presque totalement méconnu. A l’heure qu’il est, il a quatre-vingt-cinq ans. Son oeuvre : une demi-douzaine de films  à peine. Un beau coffret rassemble « Adieu Philippine » (sorti en 1962), « Du côté d’Orouët » (1973), « Les naufragés de l’île de la Tortue » (1976) et « Maine Océan », qui date de 1986, ainsi que deux courts-métrages datant des années 50.

Je connaissais vaguement son nom, croisé dans l’un ou l’autre ouvrage. Comme il était associé à la Nouvelle Vague et que cette vague-là n’est pas souvent ma tasse de thé, je n’ai pas cherché plus loin. Mais j’ai lu plus tard quelques mots à son propos qui m’ont intrigué. Et le jour où, dans ma librairie favorite, La Licorne, à Uccle, je suis tombé sur le coffret évoqué plus haut, je me suis laissé tenter. Et un soir, j’ai sorti du coffret le film « Maine Océan ». Comme c’est un film qui dure 130 minutes, je n’avais l’intention que d’en regarder des fragments, chose que je fais très souvent – comme on lit des extraits d’un livre, debout dans une librairie ou assis tranquillement chez soi. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de le regarder in extenso, me demandant d’abord ce qui se passait puis me laissant captiver par la magie tranquille proposée par ce réalisateur qui ne ressemble à personne.

Que se passe-t-il dans ses films? Presque rien. Sauf le temps, qui passe doucement, entre joie et mélancolie.

Hier soir, j’ai découvert « Du côté d’Orouët ». C’est l’histoire de trois jeunes femmes en vacances en septembre dans une petite maison isolée au bord de l’Atlantique. Elles rient souvent. Pour un rien. Un jeune homme les rejoint. C’est Bernard Menez. Il est le patron de l’une des trois filles – et il est  un peu amoureux d’elle. Les jours passent. On pourrait être dans un film de Rohmer – mais pas du tout. Ici, pas de longues discussions entre gens cultivés, pas de philosophie, nul marivaudage. Juste la fraîcheur et la fragilité des instants.

Je me suis demandé pourquoi j’ai passé 150 minutes à regarder une histoire où il ne passe rien, tournée en 16mm et dont la bande-son est d’une qualité plus que discutable. Et la réponse qui m’est venue est la suivante : je suis resté parce que la magie de Rozier, c’est d’avoir fait de moi son invité. Sa façon de filmer ces trois filles et ce garçon ont fait d’eux des amis immédiats, touchants et maladroits. Et ces 150 minutes, je ne les ai pas passées en face d’eux mais avec eux.  Un extrait ? Le voici : Image de prévisualisation YouTube

Et j’ai déjà envie de revoir « Maine Océan », de retrouver les délicieux Bernard Menez, contrôleur de train, et son collègue Luis Rego. « Maine Océan », c’est la même magie que « Du côté d’Orouët » et que « Les naufragés de l’île de la Tortue » (avec Pierre Richard et Jacques Villeret), mais avec un poil de folie en plus et un humour très lent, très rare, auquel il est difficile de résister. Ça se passe aussi, principalement, au bord de l’océan. Yves Afonso, dans le rôle de Marcel Petitgas, un marin pêcheur irascible à l’élocution très originale, y donne une des performances les plus comiques de l’histoire du cinéma français. Et Lydia Feld est parfaite en avocate à côté de ses pompes. On trouve sur YouTube une partie de la leçon de samba qui s’improvise dans la salle des fêtes d’un petit bled perdu :  Image de prévisualisation YouTube

Récemment, j’ai découvert quelque chose qui m’a ravi : l’édition parisienne de Time Out a publié une liste des cent meilleurs films français et deux films de Rozier en font partie : « Du côté d’Orouët » et  »Maine Océan », qui se trouve en 44ème position, juste derrière… Rohmer (et le magnifique « Ma nuit chez Maud »). Je me suis dit que rien n’est donc jamais perdu.

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