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Note

Légèreté

« Un film léger parlant de choses graves vaut mieux qu’un film grave parlant de choses légères. »

C’est Jacques Demy qui a dit cela.

Et je me souviens de ce que j’ai écrit sur la quatrième de couverture d’un de mes livres : « Je préfère être légèrement grave plutôt que gravement léger. »

Cela semble se contredire? Mais non, c’est exactement la même chose.

Si je pense à cela, c’est qu’hier, j’ai passé un petit quart d’heure à lire le résumé des nouvelles du monde sur ma page d’actualités Google. Et je me suis dit qu’il y avait là de quoi faire désespérer n’importe qui du monde et des hommes pour toute une année au moins. Sous le prétexte d’informer les gens, les médias les intoxiquent. Il n’y a plus aucun sens de la mesure et tout est livré en vrac, sans recul, sans analyse. Je me souviens d’une époque pas si lointaine où les petites nouvelles étaient regroupées à la fin des journaux. C’est ce qu’on appelait la rubrique des « chiens écrasés ». Cette rubrique-là a pris des proportions colossales et ce sont bien sûr les anecdotes les plus sordides, les événements les plus futiles qui sont mis en avant. La presse mêle jusqu’au vertige l’essentiel et le négligeable, multipliant les rumeurs, propageant les statistiques bidons, transformant en vérités universelles les commentaires les plus imbéciles. Nous vivons, semble-t-il, dans un pitoyable soap opera.

Je ne suis pas certain que la légèreté prônée par Jacques Demy soit la solution à tous les problèmes – mais je suis sûr qu’elle nous aiderait à retrouver la voie du juste milieu qui nous fait tellement défaut. La légèreté n’est pas de la négligence ou de l’indifférence : c’est l’art de prendre un peu de distance et d’éviter les prises de position radicales, extrémistes. Il y a une certaine urgence, tout de même : à force d’être si graves, nous avons commencé à couler…

 

 

 

 

4 Commentaires ↓

4 réponses à “Légèreté”

  1. V. 4 mai 2013 à 20 h 25 min #

    La déclaration et les suggestions du PEN Vlaanderen devraient te plaire:
    http://www.penvlaanderen.be/deploy/index.php/le-marche-libre-etouffe-la-parole-libre

    Bonne soirée!

    • francis dannemark 4 mai 2013 à 22 h 37 min #

      Je viens de lire cette déclaration et ça fait du bien de lire ça. Plusieurs des signataires sont des écrivains que j’ai eu le bonheur de publier et certains sont des amis. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir un petit peu d’amertume : tous les signataires sont des écrivains flamands et j’ai l’impression que l’on ne verra jamais cela du côté francophone, cette capacité à se réunir pour défendre une cause commune. Cela fait une trentaine d’années que je me demande ce qui fait que les artistes et les intellectuels francophones de Belgique sont tellement individualistes. J’ai quelques idées sur la question, mais aucune certitude. Un jour, j’y repenserai. En attendant, je me réjouis de voir que Benno Barnard, Stefan Hertmans, Geert van Istendael et tous les autres se manifestent ainsi. Puissent-ils être entendus!

  2. Laurent T 4 mai 2013 à 20 h 28 min #

    Bonsoir,

    C’est drôle, je relisais hier soir des petits « fragments d’éternité » et j’appréciais toute cette distance justement. La capacité de prendre du recul pour la juste mesure.
    Et suite à votre petit post sur le bouquin d’hHervé Kempf, j’ai lu « naissance du monde » et sa propre distance vis à vis des média lui fait délivrer un message fort, et optimiste!
    A comparer au traitement évènementiel que les médias ont mis en oeuvre à propos du dernier épisode « armé » de cette semaine relatif aux US (fusil pour les enfants!!!)… Cela n’incite pas à l’optimisme.
    Les livres et le monde artistique en général sont donc absolument nécessaires. Merci pour les aventures d’Alice et comme disent les enfants: « J’en veux encore !!! »

    • francis dannemark 4 mai 2013 à 22 h 30 min #

      Les livres et l’art en général sont plus nécessaires que jamais – mais ceux qui en auraient le plus besoin ne le savent pas. Question d’éducation – et on ne peut pas dire que ce soit une priorité aujourd’hui… Les médias participent (devraient participer) à l’éducation, la prolonger, l’étoffer. Et là, ça tourne carrément à la catastrophe. Mais des gens réagissent et il faut garder espoir.
      F.
      PS : Je suis très heureux que l’histoire d’Alice vous ait plu.

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