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Note

Sugar Man

Sur la recommandation enthousiaste de mon amie Gilda, qui l’a vu à Paris, j’ai découvert hier avec un de mes fils le film Searching for Sugar Man. A Bruxelles, il n’est sorti que dans une seule salle, un peu à la sauvette – et c’est vraiment dommage. (*)

Sugar Man, c‘est un documentaire. Y est racontée l’aventure de deux Sud-Africains qui essaient de trouver des informations sur leur idole, Sixto Rodriguez, un chanteur américain dont les deux disques sortis au début des années 1970 ont, par miracle, connu un succès phénoménal dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, alors que les USA et le reste du monde (avec une petite exception en Australie) ne leur accordaient aucune attention. Le mot « phénoménal » n’est pas ici une exagération littéraire : Rodriguez est devenu dans ce pays, qui était alors  très isolé, une star plus éclatante qu’Elvis Presley – mais, retiré de la scène musicale et poursuivant ses activités d’ouvrier du bâtiment à Detroit, Michigan, il était parfaitement ignorant de cette gloire. Il ignorait donc aussi la légende qui l’entourait là-bas : déçu du manque de reconnaissance, il se serait suicidé à la fin d’un concert, d’une balle dans la tête ou en s’immolant par le feu. Il faudra qu’Internet naisse et se développe suffisamment pour que les deux admirateurs-enquêteurs découvrent enfin que leur héros est vivant. Et c’est alors une autre aventure qui va commencer…

Rares sont les films qui réchauffent le coeur comme celui-là. Le réalisateur ne tire pas les grosses ficelles de l’émotion facile. Et lorsqu’il nous fait rencontrer Rodriguez, la surprise est de taille : l’homme est d’une désarmante simplicité et dépourvu de toute amertume. Derrière le chanteur engagé (on l’a comparé, non sans justesse, au Bob Dylan des premières années), c’est un être humain d’une grande sagesse qui semble se profiler.

Si je dis « semble », c’est parce qu’au fond, on n’apprend que peu de choses de lui. A la fin, Rodriguez demeure un mystère. Dans le concert unanime de louanges (vraiment méritées) qui entourent le film depuis sa sortie l’été dernier, on entend discrètement quelques questions. Est-ce vraiment un documentaire? Pourquoi le réalisateur a-t-il omis de signaler que Rodriguez n’avait pas totalement quitté le monde de la musique (il a donné à plusieurs reprises des concerts en Australie, enregistrant même un disque live)? Pourquoi ses filles sont-elles si présentes alors que leur mère brille par son absence? Etc. Ce sont de bonnes questions. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est pas un documentaire sur Rodriguez ; c’est l’histoire de deux hommes qui voulaient tellement en savoir un peu plus sur leur idole, et un regard sur l’Afrique du Sud de ces temps-là. On pourrait néanmoins se demander quelle est la part de fiction dans Searching for Sugar Man. Si très peu de critiques se posent cette question, je me demande si ce n’est pas tout simplement pour cette raison : l’histoire est si belle que l’on se fiche de connaître la « vérité ». Et si le réalisateur a péché ici et là par omission, qu’importe finalement. Il offre aux spectateurs un peu de foi, un peu de magie et de merveilleux – et une leçon de vie qui tombe à pic en ces temps où découragement, angoisse et cynisme sont si souvent en tête d’affiche.

Documentaire ou conte de fées (ou les deux à la fois), c’est dans tous les cas un film à ne pas manquer. Je ne tarderai pas à le revoir, j’en suis sûr. Et je vais écouter les disques de Sixto Rodriguez, car il a composé un paquet de chansons qui, dans l’ombre, ont traversé les années sans perdre leur beauté.

Un entretien très touchant avec le réalisateur Malik Bendjelloul est à lire ici.

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(*) Cela dit, moi, je ne vais plus au cinéma depuis une douzaine d’années : les DVD comblent tous mes désirs de cinéphile en m’offrant un confort sans pareil. Sugar Man, je l’ai acheté aux USA, via Amazon UK : il est arrivé en moins de dix jours pour moins cher que deux places de cinéma (sans même compter les petits frais annexes), alors que c’est un film récent.

 

 

 

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