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Note

Tabu

Avant-hier soir, avec quelques amis et amies de mon ciné-club, j’ai découvert Tabu, le film du jeune réalisateur portugais Miguel Gomes, dont on parle beaucoup ces temps-ci. Nous l’avons tous apprécié – mais nous nous sommes posé la même question à la fin : comment est-il possible que l’on parle dans la presse de « film sublime », de « chef-d’oeuvre absolu » et qu’on le considère ici et là comme le meilleur film de l’année 2012 ou le seul film qu’il ne faut en aucun cas rater ?

Tabu est un  film d’art et d’essai, en noir et blanc, admirablement photographié et servi par d’excellents acteurs. La démarche est originale, c’est évident dès les premières minutes. Cinéphile averti, Gomes rend hommage à Murnau mais aussi à des cinéastes comme Antonioni et Wenders. Lenteur, déconstruction du récit, superposition des intrigues… Pour ce qui est des émotions, Gomes a tendance à les escamoter, comme il se doit dans un film moderne, mais elles subsistent, ici et là, sous la forme de quelques belles traces (qui font d’autant plus regretter qu’elles n’aient pas bénéficié d’un réelle mise en valeur).

Dans mon classement personnel (de une à cinq étoiles), qui regroupe tous les genres de films (ça va de Walt Disney à Marguerite Duras), je lui donne trois étoiles. Et une mention spéciale pour la beauté des images et quelques scènes admirables, ainsi que pour la musique. C’est un bon et beau film. Et un réalisateur à suivre.

Ce que certaine presse en dit, par contre… « Tabou est un film d’une colossale ambition sur la construction et le déclin de l’imaginaire occidental » : ainsi se termine l’article du Monde  du 4 décembre. Que dire sinon que la formule est impressionnante, comme l’est tout le texte qui précède ? Il mérite cinq étoiles – et je le dis sans aucune ironie. L’ennui, c’est ce que cet article, comme d’autres du même genre, est une oeuvre en soi et qu’elle se substitue à l’oeuvre qu’elle évoque, la transformant en prétexte.

Des chefs-d’oeuvre, il y en a de deux sortes. Les vrais et les autres. Les premiers sont des œuvres qui traversent le temps sans cesser de ravir le public et les spécialistes (dans des proportions variables). Les autres sont des œuvres le plus souvent récentes qui offrent à certains critiques l’opportunité d’exercer leur propre créativité et de faire valoir leur vaste culture – et, parfois, la supériorité de leur goût sur celui du commun des mortels.

Comme j’aimerais que l’on n’oublie pas qu’il y a de grands films dans toutes les catégories : films pour la jeunesse, comédies romantiques grand public, drames psychologiques ou historiques, films d’action ou d’espionnage, films d’art et d’essai, séries B, documentaires, etc.  C’est une chose qui semble échapper de manière récurrente à un certain nombre de critiques, plus désireux de briller que de faire l’effort d’un minimum d’objectivité dans la description et le jugement. A ceux qui, comme moi, pensent qu’il n’y a pas de bons et de mauvais genres, je recommande vivement des guides comme celui de Leonard Maltin. Les Anglo-Saxons, on le sait, sacrifient beaucoup moins que les Français (il y a des exceptions, heureusement, ainsi Bertrand Tavernier) à la manie de hiérarchiser les genres et les thèmes.

Mais je ne voudrais pas finir sur une note pareille. J’ai envie de recommander un film que j’avais négligé. Je n’avais pas voulu le voir car je craignais qu’il soit de la même eau que Louise Michel, que j’avais préféré arrêter après une demi-heure. Comme je n’aime pas qu’une impression se transforme en jugement préconçu, j’ai donc regardé Eldorado. De et avec Bouli Lanners. J’ai vraiment beaucoup aimé ce film. L’atmosphère est très réussie, le récit émouvant ; et le réalisateur-scénariste-acteur évolue avec subtilité entre humour noir, tendresse, nostalgie et désespoir. La photographie, quant à elle, est soufflante! Lanners a donné une dimension quasi mythique à certains paysages wallons. Quel dommage que la musique ne soit pas disponible en CD : je la réécouterais avec joie. Elle est magnifique. Une guitare électrique qui évoque certains films de Tarantino ou des compositions d’Ennio Morricone, avec ce petit quelque chose en plus qui fait oublier les références. Dans ma liste (déjà évoquée plus haut), j’ai donné quatre étoiles à Eldorado. Pourquoi pas cinq ? Parce que les personnages auraient gagné à être un peu plus étoffés et qu’ici et là, le récit accroche un peu. Et surtout parce que, de manière générale, le jeu des acteurs n’est pas vraiment exceptionnel. Même Lanners, qui est de loin de meilleur, n’est pas tout à fait convaincant dans certaines scènes cruciales (peut-être simplement parce qu’il est difficilement d’être à la fois au four et au moulin). Mais ce ne sont pas là des défauts majeurs et ça n’a pas gâté le vrai plaisir que j’ai eu à passer quatre-vingts minutes sur les routes avec Bouli Lanners et son compagnon de voyage.

 

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