Warning: Creating default object from empty value in /home/francisd/www/carnet/wp-content/themes/carnet/functions/admin-hooks.php on line 160

Note

Culture gratuite et lauriers

 

Suite à l’entretien que j’ai eu à propos du livre numérique, quelqu’un m’a répondu : « Je suis pour le phénomène de la culture gratuite. »  Ce qui m’a donné envie de répondre, bien sûr. Et ma réponse, la voici :

« Je pourrais résumer les choses : « Le prêt des livres fait vivre les livres – mais il fait mourir les auteurs et les éditeurs. »
Je veux dire ceci : la culture gratuite, c’est merveilleux. Les soins de santé et l’éducation aussi. Bien sûr! Mais est-ce réaliste? Est-ce simplement acceptable? Si je travaille un an sur un roman et si une équipe de professionnels m’aide à le peaufiner, à le fabriquer, à le promouvoir, de quoi vont vivre ces gens et moi? Pour chaque livre que je vends, j’ai cinq à dix lecteurs. Je m’en réjouis. Mais si je vous disais le montant actuel de mes dettes, vous auriez peut-être, un court instant, un mouvement de recul par rapport à la gratuité de la culture… De la façon dont tournent les choses, il pourrait bien ne plus y avoir bientôt que des écrivains riches (comme autrefois : de grands bourgeois vivant de leurs rentes et préférant écrire des romans plutôt que d’aller à la chasse…), des écrivains amateurs (avec tout ce que cela comporte comme risque de complaisance, d’absence de progrès, de renoncement à tout projet ambitieux, etc.) ainsi que quelques auteurs de best-sellers mondiaux. Et c’est vrai pour tous les arts. Ecrire, ce n’est pas seulement une passion, c’est aussi, prosaïquement, un métier. Un métier difficile. Comme l’est celui d’éditeur. Imaginez-vous le travail que représentent la sélection des textes, leur révision (parfois pendant des mois) ou la supervision des traductions, ainsi que tout le lent et long travail de promotion?
Tout le monde pense qu’un texte de qualité et son auteur appartiennent au patrimoine universel. C’est merveilleux. Cela dit toute l’importance de la littérature, encore aujourd’hui. Mais à moins que l’on change de fond en comble notre société, il faut quand les même qu’ils se nourrissent, les écrivains. L’amour, l’eau fraîche et les lauriers sont hélas insuffisants. »

0 Commentaires ↓

Pas encore de commentaires.

Laissez une réponse