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Note

La solution parfaite aux problèmes de l’édition…

On le sait. Tout le monde le sait. L’édition va mal. Et s’il n’y avait que l’édition… Mais pour ne pas nous perdre, concentrons-nous un instant sur ce seul domaine. Beaucoup trop de livres, pas assez de lecteurs. La première solution qui vient à l’esprit est à la fois simple et impossible à réaliser (du moins dans l’immédiat) : il suffirait que les éditeurs publient moins. Mais la plupart d’entre eux se sont développés selon le modèle économique dominant : ils ne peuvent être rentables qu’en produisant beaucoup. Diminuer la production signifierait que les banques les abandonnent aussitôt.

Mais il y a une autre solution. Et je ne pense pas à quelque chose d’aussi radical que la suppression des bibliothèques, du prêt entre amis ou des bouquinistes. Non. Il suffirait que tous les gens qui écrivent se mettent à lire. L’afflux soudain d’un très grand nombre de nouveaux lecteurs serait certainement bénéfique.

Mais d’où vient pareille idée? Elle m’est venue il y a quelques années dans un salon du livre, quelque part en France. Le collège voisin y disposait d’un stand, tenu par des professeurs de français et leurs élèves, qui avaient écrit un roman en classe, avec l’aide d’un animateur d’ateliers d’écriture. Et le roman avait été imprimé. C’est ainsi que je me suis retrouvé, avec ma collaboratrice, à discuter agréablement avec ces jeunes gens et jeunes filles. Hélas, je leur ai posé la question qui tue : que lisez-vous, qui sont vos auteurs favoris ? Ils se sont regardés, visiblement surpris, presque choqués par ma question. Finalement, un des élèves a pris la peine de me répondre : « Lire?? Mais nous on n’en a pas besoin, on écrit! »

Par la suite, mon travail de conseiller littéraire m’a révélé que ces jeunes gens n’étaient pas une exception, un phénomène local. Loin de là! Des milliers et des milliers de manuscrits tournent chaque année à la recherche d’un éditeur. Et s’il y a parmi les auteurs de ces textes de grands lecteurs, il y a aussi – et peut-être surtout – des gens qui lisent très peu, voire pas du tout. « Je n’ai pas le temps, écrire occupe tous mes loisirs », disent les uns. « Je ne veux pas être influencé par mes lectures », disent les autres…

Mais c’est le moment de redevenir sérieux. Les problèmes de l’édition sont complexes et il est probable qu’aucune solution n’est disponible ici et maintenant. Lire demande du temps et le temps manque à la plupart des gens – pour de très bonnes et aussi de très mauvaises raisons. Lire n’est pas facile, contrairement à ce que l’on dit. Cela demande un effort. Une décision. Les gens qui font du sport ou de la gymnastique le savent : au début, c’est pénible, cela ne devient vraiment agréable qu’après un certain temps, et il y a intérêt à ne pas s’arrêter, sinon la reprise peut s’avérer douloureuse. Lire des romans, des nouvelles, de la poésie…, c’est une façon de vivre. Parti comme c’est, ce sera bientôt ce que c’était autrefois : un privilège. Un peu de lenteur, un peu de recul, un peu de silence dans un monde toujours plus bruyant et agité.

Puis un autre temps viendra, dont nous ne savons rien.

 

 

5 Commentaires ↓

5 réponses à “La solution parfaite aux problèmes de l’édition…”

  1. laurent tordjman 30 septembre 2012 à 11 h 42 min #

    On vit dans une société qui, sous couvert de progrès, ne réfléchit que pour nous rendre la vie plus facile. Et par ailleurs on cherche dans le même temps à éviter que trop de gens réfléchisse. Il faut maintenir la plus grande masse dans une forme de confort et de béatitude pour surtout éviter qu’elle puisse remettre en cause l’autoroute du progrès/profit.
    Alors on réfléchit pour nous et on nous explique tout. Surtout la télévision. Ce qui traduit pour la majorité que le divertissement soit servi tout prêt. Même l’information est traitée comme un spectacle.
    Alors pour les plus jeunes, quel intérêt à lire des heures quand un condensé imagé de quelques minutes leur donne l’illusion d’être au courant de tout ou de tout comprendre, sans effort….
    Mes enfants s’effarent depuis toujours de ma passion pour les livres sans que je n’ai réussi à la leur transmettre, à mon grand regret.
    Peut-être que cette désaffection tient aussi à la forme des supports actuels ou encore aux méthodes d’enseignement.
    Je me souviens avec délectation de Pif Gadget et plus encore des « blek le Roc » ou « Zembla » de mes mercredi d’enfants. Ado je n’avais pas le droit de regarder la télévision tous les soirs mais je pouvais laisser la lumière dans ma chambre et ne pas lâcher James Hadley Chase ou Agatha Christie. Comment donner le goût de la lecture ou des histoires avec des hebdos qui se servent de la vie privée d’autrui comme vecteur principal d’intérêt?
    Mais je n’abdique pas. J’offre encore les livres que j’aime et quelquefois un petit miracle s’accomplit. Et puis de temps en temps il peut exister une saga Harry Potter qui emporte tout et peut déclencher quelque chose.
    Il reste des choses à dire, donc des histoires à raconter et évidemment des lecteurs irréductibles !!!!

    • francis dannemark 30 septembre 2012 à 12 h 38 min #

      Il y a trois ou quatre ans, une personne occupant un poste de très niveau dans le cabinet ministériel en charge de la culture (en Belgique) m’a dit froidement que s’il n’y a plus assez de public pour les livres en général et la littérature en particulier, c’est peut-être parce que c’est fini, le monde a changé, les gens ont besoin d’autre chose, que leur apporte la télévision. Soit dit en passant, ici, le budget de la culture est très lourdement concentré sur la RTBF…
      Je continue invariablement à dire que les pouvoirs publics n’ont aucun intérêt à soutenir la lecture. Pourquoi? Vous l’évoquez très justement et on peut résumer ainsi : les grands lecteurs sont des gens qui réfléchissent beaucoup et qui consomment moins que les autres, ce qui fait d’eux des citoyens gênants. Il me semble qu’en France, la littérature, même si elle ne bénéficie pas de tout le soutien nécessaire, conserve néanmoins, par rapport à de nombreux autres pays, un statut enviable. Et on peut en dire autant de la Flandre, qui connaît la valeur de la littérature et applique une politique intelligente et efficace.
      Mais il ne faut pas se voiler la face : tout le monde lit (sur Internet, notamment) mais on lit vite, on lit en zappant, on lit des fragments, des aperçus, des résumés… La lecture au sens où on l’entendait autrefois est clairement en perte de vitesse, si j’ose dire. C’est long, c’est lent – et donc en contradiction totale avec le rythme effréné de l’époque. L’incurable optimiste que je suis pense qu’un jour, on aura à nouveau terriblement besoin de cette lenteur, de cette bulle de paix qu’offrent les livres – mais le sceptique que je suis aussi se dit que ce n’est pour demain…
      En attendant, lisons. Pour le plaisir. De plus, on donne ainsi le bon exemple!

  2. Coumarine 30 septembre 2012 à 21 h 49 min #

    Intéressant cet échange… J’écris certes, mais je lis aussi, beaucoup, énormément, passionnément… Mes enfants m’ont vue lire, mais ils sont de cette génération captivée avant tout par les nouvelles technologies qui n’ont plus aucun secret pour eux.
    Et comme le temps n’est pas élastique, ils préfèrent passer leurs moments de loisirs sur le Net

    Je vois le temps où les lecteurs seront considérés comme ringards…

  3. gilda 1 octobre 2012 à 8 h 56 min #

    en fait j’ai commenté en relayant le billet sur FB, autant déposer le commentaire ici afin d’alimenter la conversation :

    Pas d’accord avec tout mais peut-être que la région parisienne et la Normandie (les deux seules que je connais « de l’intérieur » induisent un biais, de même que mon carnet d’adresses dont on dirait bien qu’au fil des années se sont écartés ceux qui n’étaient pas lecteurs ou cinéphiles ou musiciens ou dessinateurs). Bref je connais peu de gens qui écrivent sans lire, fors les scolaires qui pratiquent l’une ou l’autre occupation par obligation.
    En revanche oui, cet effort de lire au début, effort qui m’est inconnu dès qu’on a daigné m’apprendre le monde était magique, mais que je perçois chez les autres, chez ceux qui sont jeunes maintenant.
    Et le manque de temps, dont j’ai beaucoup souffert avant de trouver la solution : que lire fasse partie de mon boulot, tout simplement.

    Sinon je crois quand même que la télévision a beaucoup baissé chez les moins de 35 ans : internet et jeux videos, séries anglo-saxonnes suivies en streaming et souvent en V.O. À la télé de papa tout au plus on regarde quelques trucs de télé réalité qu’on « live-twitte » en se gaussant, défouloir collectif. Peut-être que ceux qui regardent encore la télévision de façon quotidienne et en direct sont également ceux qui lisent encore (un peu).

  4. pascale 1 octobre 2012 à 10 h 36 min #

    Je connais beaucoup d’écrivains qui lisent peu, sur ce point je rejoins Francis. D’ailleurs un jour en public j’avais lancé l’idée loufoque d’interdire une publication tant que l’auteur ne prouve qu’il ait lu une centaine de livres avant, par exemple. Tout le monde avait ri, moi aussi, mais je n’en pensais pas moins. Le problème étant évidemment d’apporter une preuve pareille… mais ça aiderait l’édition et les auteurs qui auraient plus de lecteurs car ça assainirait le marché.
    En ce qui concerne la lecture, mes enfants étaient boulimiques, puis les études, le travail, la vie les ont éloignés du livre. Cela me semble logique, peut-être parce que j’ai eu le même cheminement, et je pense qu’ils y reviendront quand ils en auront envie. S’ils n’y reviennent pas, tant pis, c’est qu’ils auront trouvé autre chose pour les accompagner.
    Je suis entourée de non lecteurs, je ne les considère pas moins intéressants ni moins intéressés au monde que ceux qui lisent. A chacun sa route !

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