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Note

Mélancolie de la rentrée littéraire (avec un peu de yaourt)

J’ai publié mon premier livre en 1977. Il y a donc trente-cinq ans. Mon premier roman, c’était en 1981, il y a plus de trente ans. C’est dire que j’en ai vu passer, des rentrées littéraires. Et la mélancolie du titre de cet article, d’où vient-elle? Et qu’est-ce qui explique qu’elle n’ait pas cessé de grandir?

Première hypothèse : je vieillis. Mais le nombre des années, c’est un mauvais calcul. Alors? Finalement, l’explication est ailleurs : dans le nombre croissant des publications. Lorsqu’est paru mon premier roman, il y avait moins de cent cinquante titres à la rentrée de septembre, environ cinquante en janvier. Les dernières années, septembre en compte entre 650 et 700, et janvier pas loin de cinq cents… C’est six fois plus.

Et tout le monde le sait : il n’y a pas six fois plus de lecteurs. Il y en a même moins. Ce qui signifie que chaque année augmente le nombre de romans qui ne seront pas lus, ou à peine. Dans le lot, j’en suis certain, il y a des livres de qualité, des livres justes, des livres touchants. Cette pensée rend plus difficilement supportable celle que, dans le lot de ceux qui, eux, seront lus, certains trouveront un public uniquement par la grâce, non de leur écriture, mais du statut de l’auteur et de la valeur stratégique de ses relations.

Abondance de biens nuit, disait-on autrefois. C’est exactement ce que je pense aujourd’hui, après avoir passé, ce midi et hier soir, quelques heures dans des librairies, perdu dans les vallées serpentant parmi les hautes montagnes littéraires de la rentrée… On dit aujourd’hui, en ces temps économiques, que la fausse monnaie chasse la bonne. En matière de livres, j’ai l’impression que ça fonctionne aussi.

Ce qui, par contre, me rassure, c’est que les livres ne sont toujours pas du yaourt et paraissent donc sans date de péremption. Lorsqu’ils sont bons, le temps est leur allié.

 

 

10 Commentaires ↓

10 réponses à “Mélancolie de la rentrée littéraire (avec un peu de yaourt)”

  1. Cachou 21 septembre 2012 à 22 h 15 min #

    Je me posais justement une question quant à cette rentrée littéraire. Est-ce que le nombre de livres publiés entre août et octobre est faramineusement plus élevé que celui de ceux publiés les autres mois de l’année? Parce que j’ai l’impression d’être face à une abondance de titres en permanence, pas uniquement en cette saison…

    • francis dannemark 22 septembre 2012 à 9 h 09 min #

      C’est vrai, il y a trop de livres tout le temps. Mais la rentrée de septembre, avec ses six cent cinquante romans, qui tombent sur la tête des gens au moment où ils rentrent de vacances et où ils doivent, souvent, faire face aux frais de la rentrée scolaire, est monstrueusement trop chargée. Je me souviens qu’en 1981, la presse en choeur disait que c’était trop (il y en avait alors cent cinquante), que ni la presse, ni les libraires, ni le public ne pouvaient absorber autant de romans. Et c’était vrai. Alors aujourd’hui…
      En janvier, l’augmentation est encore plus grave. Autrefois, elle était réservée aux auteurs déjà installés, qui avaient reçu des prix, et à ceux que leur éditeur ne voulait pas noyer dans la rentrée de septembre. D’une cinquante de titres, on est passé à cinq cents…
      Bref, aujourd’hui, quand on est éditeur, on ne sait plus quand publier les livres : il n’y a plus que de mauvais moments, le lait bout en permanence et déborde de mois en mois…

  2. pascale 22 septembre 2012 à 9 h 18 min #

    Il y a moins de lecteurs, plus de livres, mais aussi :
    - moins de temps en général car la vie est devenue folle
    - moins de temps pour lire car la surabondance des parutions oblige à opérer un tri, qui prend du temps.
    Enfin, le gros souci à mes yeux c’est qu’il y a un grand nombre de livres qui ne sont plus réédités, des livres de valeur que je ne trouve plus, si ce n’est dans de vieilles bibliothèques qui ont su conserver un fonds, malgré la pression de « l’actualité littéraire ».

    • francis dannemark 22 septembre 2012 à 9 h 51 min #

      Moins de temps, en effet. Le changement de notre mode de vie est très peu propice à la lecture, sauf à la lecture zapping (magazines, blog, fragments sur Internet). Prendre le temps d’entrer dans un livre et de s’y installer est devenu un véritable luxe. La lecture redevient ce qu’elle était : un bonheur accordé à de plus en plus rares privilégiés – et à ceux, très sages (et très forts), qui font tout ce qu’ils peuvent pour vivre décemment, en échappant au vertige de la vitesse et de l’urgence systématique.
      Il ne faut pas oublier que la concurrence est rude : voyages, cinéma, concerts, théâtre, opéra, expositions… et Internet et ses millions de pages parfois passionnantes sur tous les sujets. L’offre culturelle n’a jamais été aussi vaste – et le temps jamais aussi compressé…
      De quoi justifier, en effet, le terme de « folie » : elle guette les humains sans répit. Se plonger dans un bon livre est un excellent rempart, il faudrait le répéter;
      Pour ce qui est des rééditions, je ne suis pas d’accord. Un : il y en a plus que jamais. Deux : c’est justement là la tâche première des bibliothèques, et non l’actualité. Certaines s’en acquittent admirablement.

  3. pascale 22 septembre 2012 à 10 h 00 min #

    Tu as le droit de ne pas être d’accord. Même s’il y en a plus que jamais, je ne trouve pas ceux que je cherche et ce qui est fou c’est qu’ils ont carrément disparu des catalogues en ligne des éditeurs alors qu’on les trouve en bibli (exemple récent : La clef à molette de Primo Levi chez 10/18).
    Les bibliothèques, en France, sont soumises maintenant à toutes les pressions, comme n’importe quelle entreprise : économique, de rentabilité, c’est une réalité. La difficulté étant pour elles de jongler entre faire plaisir aux lecteurs qui réclament des actualités (et donc à leurs employeurs, principalement des mairies, qui veulent des résultats en terme de chiffres : nombre d’abonnements, nombre de livres empruntés) et faire leur boulot de découverte et de faire découvrir.
    De plus en plus je me heurte à des demandes littéraires d’achat refusées car je serai la seule à les emprunter, paraît-il.

    • francis dannemark 22 septembre 2012 à 10 h 10 min #

      On ne peut pas constater que le secteur du livre pratique la surproduction d’une façon extrême et lui demander, en même temps, de se mettre à rééditer tous les livres épuisés ou rares. Ce serait absurde. Suicidaire même.
      Par contre, c’est le terrain idéal pour la réédition en version numérique. Mais quand un éditeur a mille ou dix mille titres qui dorment, les numériser et les proposer au public lui coûterait une fortune, alors qu’il sait que la rentabilité est par nature très faible. Pour ce qui est titres tombés dans le domaine public, c’est encore une autre histoire. Il faut que des gens compétents et enthousiastes, disposant de temps et d’un peu d’argent, se lancent dans l’aventure.
      Il y a de quoi s’occuper durant de nombreuses années!

  4. pascale 22 septembre 2012 à 10 h 20 min #

    Ce qui est suicidaire, et je pense que certains éditeurs se font hara-kiri tous seuls, c’est en effet la surproduction contemporaine au détriment du reste. Ils ont choisi leur camp en envahissant les étagères des libraires et des bibliothèques avec des nouveautés (de plus en plus non littéraires), en ayant une vue à court terme de ventes kleenex.
    On ne peut pas tout faire en effet et on ne peut pas demander aux libraires et aux bibliothèques de faire le travail qui n’est pas fait en amont : une juste balance.
    Actuellement, dans les rentrées littéraires, les éditeurs prennent de moins en moins le risque de faire découvrir des voix nouvelles (cf. l’article s’y référant dans l’Huma). Mais je sais que je prêche dans le désert car nous vivons dans un monde de banquiers comme le dit si bien Bernard Shaw.

  5. gilda 22 septembre 2012 à 14 h 35 min #

    C’est marrant chez moi on disait Abondance de bien ne nuit pas (mais c’était peut-être local normand ?).

    Péremption : moins que les yaourts mais hélas elle arrive vite quand même. Y compris dans une librairie atypique comme celle où je travaille et où l’on maintient quelques-uns (et encore : pas tous, c’est impossible) de nos très préférés contre vents et marées. Sinon en trois mois à peine, c’est plié : les temps sont trop durs pour que l’on puisse se permettre de maintenir en rayon un titre qui ne part pas. Retour éditeurs. Et quelques fois ça me fend le cœur.

    Il arrive parfois qu’un titre ait droit à une renaissance via le bouche-à-oreille libraires/lecteurs (ex. : Un cœur cousu de Carole Martinez) ou une émission de télé non littéraire (ex. Monsieur le commandant de Romain Slocombe), mais c’est rare.

    • francis dannemark 22 septembre 2012 à 15 h 14 min #

      Je pensais à autre chose : ces livres qui dorment des années, des décennies parfois, et surgissent un jour. Aussi longtemps qu’existe un exemplaire d’un livre, tout peut arriver. Ce n’est pas fréquent, mais pas si rare non plus.

  6. gilda 22 septembre 2012 à 14 h 50 min #

    (Je parlais de la péremption non pas du texte mais de sa mise à disposition sur nos étalages, tu auras compris – mais elle compte : beaucoup de gens viennent encore dans une librairie sans idée préconçue et prêts à ‘offrir un petit poche, ceux-là prennent selon les présents -)

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