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Note

Rentrée littéraire (avec un mea culpa à la fin de l’article)

Je sais que ce n’est pas bien (après tout, je suis écrivain et éditeur) mais je n’ai jamais réussi à m’intéresser à la rentrée littéraire. Même quand j’avais vingt-cinq ou trente ans, je trouvais ça ennuyeux. Des échos me parviennent, inévitablement, mais ce sont des échos lointains, qui me semblent parvenir d’une autre planète. Je sais que Richard Millet, qui a fait un pas de plus dans l’ignominie, met toute la maison Gallimard (dont il est un des top editors) dans l’embarras avec son récent éloge du trop fameux tueur norvégien.

« Sombre, sombre » : c’est avec ses mots qu’une journaliste a qualifié la rentrée 2012. Constat confirmé par des amis libraires il y a quelques jours. Je ne peux pas m’empêcher de penser que si les gens ont besoin d’histoires affreuses, désolantes ou désespérantes, il leur suffit d’ouvrir leur téléviseur à toute heure du jour et de la nuit, ou, plus simplement encore, d’ouvrir la page des actualités sur leur navigateur Internet.

Effet de l’âge? Je comprends de moins en moins le monde des lettres. Alexandre Vialatte faisait autrefois remarquer que la littérature et la vie littéraire sont deux domaines qui n’ont tout simplement rien en commun. Ce n’est pas moi qui prétendrai le contraire.

Qu’est-ce que je lis en cette rentrée? Juste après avoir terminé Zanuck, le dernier grand nabab de Leonard Mosley (chez Ramsay, 1987), j’ai commencé la biographie de Harry Cohn, écrite par Bob Thomas et considérée par Leonard Maltin comme un des livres les plus intéressants consacrés à l’âge d’or d’Hollywood. Harry Cohn, c’était le fondateur et grand patron du studio Columbia. Et un candidat sérieux au titre de producteur le plus rugueux de l’histoire du cinéma. Le livre s’intule King Cohn. Il n’a jamais été traduit en français à ma connaissance. Portrait en forme de mosaïque, ce livre est fascinant et je suis triste d’être presque à la fin. Mais la gigantesque bio de Louis B. Mayer m’attend. Et je me sentirais d’humeur à relire ce livre absolument exceptionnel qu’est Le royaume de leurs rêves : La saga des juifs qui ont fondé Hollywood, de Neal Gabler (réédité en poche dans la collection « Hachette Littératures). C’est plus passionnant que la plupart des romans. Mais il y  a des romans qui me font un clin d’oeil pour que je ne les oublie pas. En tête de liste : Christopher et Columbus d’Elizabeth von Arnim. Qui date de 1919. Mais, comme j’aime le répéter, les bons livres ont un énorme avantage sur le yaourt : ils n’ont pas de date de péremption.

Ce que j’aimerais bien : qu’il y ait un nouveau roman de Jerome Charyn. Et de nouvelles chroniques de Denis Grozdanovitch.

(Une petite voix vient de me dire : « Francis, tu es fou! Il faut dire aux gens que c’est passionnant, la rentrée littéraire, et qu’il faut lire les romans qui font l’actualité, sinon personne ne lira le tien et tu finiras, comme tu le redoutes, sous les ponts, à composer des poèmes instantanés pour les derniers couples d’amoureux de l’Occident finissant… »)

 

12 Commentaires ↓

12 réponses à “Rentrée littéraire (avec un mea culpa à la fin de l’article)”

  1. Florence 29 août 2012 à 10 h 35 min #

    Tout à fait d’accord avec toi, moi non plus je n’aime pas la « rentrée littéraire ». Selon moi ce n’est qu’un coup marketing de plus destiné à nous faire acheter, un peu comme la St Valentin …

    • francis dannemark 29 août 2012 à 13 h 17 min #

      Et le résultat est contraire à l’effet recherché : cette profusion de livres décourage de plus en plus les lecteurs. Trop de choix tue le choix. Et les critiques, noyés (quand ils ne sont pas téléguidés, ce qui n’est guère plus amusant pour eux), n’ont pratiquement plus la possibilité de présenter les livres. Il faut faire vite, être efficace. Résultat : seul le thème des romans est évoqué et les plus spectaculaires l’emportent, comme les news dans les JT. Pourtant, c’est autre chose qui fait la qualité d’un livre. Sur un thème donné, on peut produire autant de navets que de chefs-d’oeuvre, on le sait bien. Mais parler de style, d’atmosphère…, ce n’est pas vendeur. Heureusement, il y a quelques exceptions, dans la presse et sur Internet.

  2. Pascale 29 août 2012 à 12 h 32 min #

    Je pense que nous sommes très nombreux à ne pas s’y intéresser, c’est d’ailleurs un pléonasme que ce terme, « rentrée littéraire », puisque la littérature exige temps et recul.

    Je viens de passer une année entière avec Giono et c’est avec lui que je vais faire ma rentrée, forcément très remarquée (sourire) !

    Je ferai aussi un petit clin d’oeil à Philippe Blasband que je viens de relire, grâce à toi…

    • francis dannemark 29 août 2012 à 13 h 19 min #

      Je connais quelqu’un qui a relu tout Balzac durant des mois et des mois. Grande expérience. Giono, ça doit être bien aussi de s’y plonger. Moi, j’ai fait ça avec des cinéastes (Hitchcock, il y a quelques années).

  3. laurent tordjman 29 août 2012 à 15 h 26 min #

    Bonjour,

    Je n’ai pas le sentiment que la rentrée littéraire soit destinée aux lecteurs. Nous sommes dans la librairies trop régulièrement pour être en attente de ce barnum. Cela dit nous y jettons forcément un œil, mais sûrement pas le celui escompté. Ainsi nous pouvons laisser les piles « incontournables » aux têtes des gondoles et dénicher ce que nous aurions déniché de toute façon.
    Et se retrouver triste d’arriver au terme d’une lecture mais en s’enthousiasmant de ce qu’elle a apporté et de ce qu’elle a suggéré . Notamment en films à revoir et en bouquins à lire ou relire…
    J’ai moi aussi Elisabeth von Armin en attente et Balthazar Gracián en vue…

  4. Pascale 29 août 2012 à 19 h 16 min #

    Elisabeth von Armin, connais pas… Balthazar Gracián sur la table de chevet depuis des mois, à raison de quelques phrases chaque soir, très bien.

    • francis dannemark 29 août 2012 à 22 h 27 min #

      Elizabeth von Arnim connaît de temps en temps un regain d’intérêt, puis on l’oublie, puis certains de ses livres sont réédités. Ça vaut la peine de la découvrir – surtout si on aime les romancières anglaises d’avant la Seconde Guerre, comme Vita Sackville-West, que j’aime énormément (« Toute passion abolie », réédité en poche, est un vrai chef-d’oeuvre).

  5. laurent 30 août 2012 à 9 h 19 min #

    J’ai lu « plus jamais d’invités! » de Vita Sackville-West et suis en train de finir « Toute passion abolie ». Bouquins formidables!!
    « Avril enchanté » en parfaitement qualifié par son titre. J’attends maintenant de recevoir le dvd de Mike Newell en espérant que l’adaptation restituera toutes les nuances du livre. C’est le genre de bouquin que l’on a envie de faire lire à tout le monde !!

    • francis dannemark 4 septembre 2012 à 16 h 11 min #

      Je suis vraiment content que ces romans vous plaisent!Quant à « Avril enchanté » au cinéma, j’adore la version de Mike Newell, qui vaut le roman. Par contre la version des années 30 a le très gros défaut d’avoir été tournée en studio, ce qui sabote une grande partie du charme. C’est un de ces cas, assez rares pour qu’on le souligne, où le remake contemporain est largement supérieur à l’original.

  6. gilda 31 août 2012 à 7 h 38 min #

    Le problème de cette « Rentrée » c’est qu’elle se fait à un moment de calendrier qui arrange les grosses maisons d’édition et clairement en vue des prix littéraires les plus réputés, lesquels ne sont pas les plus significatifs mais tiennent encore la corde commercialement (1).

    Quand j’étais une simple lectrice, bien loin des métiers du livre, je ne comprenais pas : comme 8/10 des amateurs de romans, mon temps de lecture c’est l’été qu’il était, quand le travail pour gagner sa vie laissait quelques trêves. Et surtout pas à la rentrée où c’était la course, la folie, entre contraintes professionnelles renouvelées et renforcées d’années en années, et tout ce qui est lié à la scolarité pour peu qu’on ait des enfants en âge d’être concernés.

    En attendant, lorsqu’on est libraire, pas trop le choix : même si on filtre énormément, contraintes économiques obligent, on se retrouve à suivre le mouvement. Et les lectures d’été que l’on fait, puisqu’on a ce privilège de les avoir à l’avance – et pour le coup, pour nous, ça tombe très bien d’un point de vue calendaire -, dès lors qu’on sait choisir, il y a de quoi se régaler. Les très forts d’aujourd’hui (hélas pas forcément voire même rarement les dont-on-parle, la machinerie marketing sur certains titres est terrifiante) sont les classiques de demain. La langue est vivante et c’est signe de santé bien plus que de déclin.

    PS : Je me suis laissée dire qu’en cette « Rentrée » il y avait un gros bouquin où il était beaucoup question de cinéma, des vieux classiques américains, avec toute une galerie de personnages attachants et un index à la fin et qui se vendait bien ;-)
    (même que la où je bosse nous sommes déjà en rupture de stocks, vivement le retour du patron)

    (1) Depuis que je travaille comme libraire j’ai pris conscience que les gens offraient le Goncourt (pour ne parler que de lui) comme il n’y a pas si longtemps en alcool un Ch*vas pour se dire qu’ils faisaient cadeau d’un bon produit. Ni les uns ni l’autre ne sont généralement mauvais, c’est un fait, mais qui s’y connait un tant soit peu en littérature comme en whiskies sait que les plus grands délices sont à dénicher dans des contrées moins renommées.

  7. pascale 31 août 2012 à 9 h 01 min #

    Je rejoins entièrement Laurent Tordjman : quand on est lecteur, la rentrée ne signifie rien de particulier puisqu’on lit toute l’année. Bien sûr on est attentif à ce qui sort (et je vous encourage vivement à lire un écrivain hyper connu – Toni Morrison, son « Home » est formidable) et on continue de plonger aussi dans les catalogues de maisons modestes, conseillés par des lecteurs en qui on a confiance, j’ai déjà ma petite liste quant à moi… Quand j’étais libraire, c’est fou le nombre de livres inconnus du grand public (que j’adore) que j’ai vendu, sans jamais négliger de grands écrivains renommés. C’est ainsi, à mon sens, que l’on fidélise des lecteurs, sans sectarisme et en lisant.

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