Warning: Creating default object from empty value in /home/francisd/www/carnet/wp-content/themes/carnet/functions/admin-hooks.php on line 160

Note

La crise, les livres et les bibliothèques

Depuis la crise de 2008, la folie de l’épargne a vraiment pris son envol en Belgique, ai-je appris par la presse. Les Belges ont ainsi réussi à battre leur propre record et ont ajouté sur leurs comptes d’épargne la somme vertigineuse (comptez vous-mêmes combien ça fait par habitant en déduisant les pauvres et ceux qui ne le sont pas encore mais ça ne va pas tarder), la somme vertigineuse, disais-je donc, de 85 milliards d’euros, pour un montant total, à la date du 30 juin, de 217 milliards et des poussières…

Pendant ce temps, le gouvernement cherche désespérément deux ou trois milliards pour boucler son budget, le nombre des faillites ne cesse d’augmenter et les chômeurs, avec l’automne qui ne va pas tarder, vont bientôt se ramasser à la pelle…

Je ne suis pas économiste et n’ai pas de commentaires profonds à faire sur le sujet. Mais ce qui me frappe depuis un certain temps, c’est la propension qu’ont les riches (je me permets, par facilité, de regrouper sous ce vocable aussi bien les propriétaires de grandes fortunes que les bourgeois aisés) à aimer être dans l’air du temps. Ils étaient écolos, les voici économes.

J’en veux pour preuve que nombre d’entre eux s’inscrivent aujourd’hui dans les bibliothèques publiques au lieu de fréquenter les librairies, où les romans se vendent, certes, à des prix effrayants qui vont  parfois jusqu’à 25 euros. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ça leur permet, avec les économies ainsi réalisées, de continuer, par exemple, à prendre l’avion pour un oui ou pour non, quelques courses à faire à Londres, une expo en Italie, un week-end à Vienne, un festival à Bilbao, une petite semaine aux États-Unis, histoire d’oublier les vicissitudes du monde qui va mal… et quelques chiffres qui pourraient déranger (les émissions de gaz à effet de serre dues au trafic aérien ont augmenté de 86% dans l’U.E. et un aller-retour Paris – New York émet près d’une tonne de CO2 par passager).

Et pendant ce temps, la mauvaise humeur règne dans les bibliothèques belges : on voudrait leur imposer de respecter enfin les normes européennes en matière de droits d’auteurs. La rémunération des prêts, qui est aujourd’hui de 0,70 euro par usager pour douze mois, devrait passer à 1,50 euro (ce qui ne serait que la moitié de ce que paient les usagers hollandais, par exemple) et c’est inacceptable à leurs yeux. Tout le personnel des bibliothèques est rémunéré, les locaux sont chauffés et éclairés, les lecteurs ont des milliers d’ouvrages à leur disposition… mais les auteurs, eux, devraient renoncer à leurs droits.

J’ai toujours adoré les bibliothèques mais là, je ne comprends plus. Comment leurs responsables peuvent-ils ignorer la situation réelle des écrivains, les difficultés majeures que rencontre l’écrasante majorité d’entre eux ? Certes, ils sont tous heureux de savoir que leurs livres sont lus – mais quand trois lecteurs sur quatre ont emprunté ces livres en bibliothèque sans pour ainsi dire rien débourser et qu’eux-mêmes ne savent pas comment ils paieront la facture du gaz et de l’électricité du mois prochain, on peut se poser des questions… et rappeler que s’il n’y avait pas d’écrivains, il n’y aurait pas de bibliothèques.

Relisant ces lignes, je m’en veux d’avoir fait quelques pas sur un territoire qui n’est pas le mien et auquel, sans doute, je ne comprends rien. Mon domaine, ce sont les mots, les phrases et les histoires. Celle de l’argent et du pouvoir n’est décidément pas ma préférée.

 

 

3 Commentaires ↓

3 réponses à “La crise, les livres et les bibliothèques”

  1. frédéric Young 20 août 2012 à 9 h 49 min #

    Francis raconte l’histoire de cette injustice de nos politiques culturelles qui protège les uns et livre les autres à la précarité. Et qui ensuite détourne le regard…

    Parmi les plus précaires de tous figurent les auteurs et principalement les écrivains.
    Les moyens existent de régler cette question. Les budgets en cause ne sont pas excessifs ou impossibles à réunir. Une contribution d’un public, informé de façon sérieuse, à hauteur de 2 ou 3 euros par an ne poserait aucun problème et n’enlèverait rien aux bibliothécaires…pas même leurs angoisses légitimes sur l’avenir de la lecture publique dans une fédération qui hésite sur son devenir.

    Mais depuis deux législatures, telle n’est pas la priorité de la Ministre Laanan et de la majorité de gauche PS-CDH-Ecolo. Dommage.

    Faut il pour autant renoncer à exiger une solution ? La SACD-SCAM ne s’y résoudra pas.
    Frédéric Young

  2. Tania 27 août 2012 à 8 h 19 min #

    Les bibliothèques font vivre les livres, les mettent à la disposition du plus grand nombre, et elles en achètent aussi, répondent souvent aux suggestions de celles et ceux qui les fréquentent.
    L’augmentation demandée par les auteurs me paraît tout à fait raisonnable. Mais pourquoi opposer les librairies et les bibliothèques ? Nous avons besoin des unes et des autres, quelle que soit notre condition sociale.

    • francis dannemark 27 août 2012 à 9 h 56 min #

      Je n’oppose pas les bibliothèques aux librairies. Mais dans la pratique, il y a quand même un problème. Qu’on le veuille ou non, les éditeurs et les écrivains ont besoin, pour continuer leur travail, de gagner un minimum d’argent, n’est-ce pas? Comme tout le monde.
      Petite anecdote. Un jour, un professeur m’invite dans sa classe. Il me présente brièvement et il montre à ses élèves une série de romans que j’ai écrits et qu’il avait empruntés à la bibliothèque communale. Pour prouver que les écrivains d’aujourd’hui sont lus abondamment, il déroule les bandelettes de papier collées dans les livres et sur lesquelles un tampon indique chaque fois que le livre est emprunté. « Quel succès, n’est-ce pas? » dit-il. Une demi-heure plus tard, un des élèves me demande combien ça gagne, un écrivain. Vous devinez ma réponse : « Pas grand-chose. » Et j’ai expliqué que, comme ils avaient pu le constater, j’avais de nombreux lecteurs mais que nombre d’eux n’achetaient pas mes livres…
      Il y a une demi-douzaine d’années, j’ai fait une petite enquête sur le roman d’un écrivain dont j’avais publié le premier roman. Excellent roman, excellentes critiques, échos unanimement enthousiastes – mais des ventes très faibles (environ 600 exemplaires). Conclusion de mon enquête : pour un exemplaire vendu, ce roman avait eu entre six et huit lecteurs, grâce au prêt en bibliothèque et au prêt personnel (amis, cercles de lecture).
      D’un côté, c’est merveilleux. De l’autre, c’est effrayant.

      Un libraire m’a fait très justement remarquer que la littérature souffre aujourd’hui d’un triomphe de l’amateurisme. Il n’a pas tort. De plus en plus de gens écrivent. C’est un loisir extraordinaire, qu’il faut encourager. Mais n’est pas écrivain qui veut. Il faut du talent. Et du travail! Un travail de longue haleine, complexe, épuisant. Si l’on veut que naissent encore des oeuvres de qualité, il faut que les écrivains puissent trouver les moyens d’écrire. Par exemple en vendant leurs livres.

      Bref, je n’ai rien contre les bibliothèques. Je les ai fréquentées avec bonheur. Mais concrètement,aujourd’hui, en Belgique, les bibliothèques – en lançant des pétitions contre la rémunération des auteurs – commettent à mon avis une erreur grave.

Laissez une réponse