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Note

Quand un film nous mène en bateau… (et une petite remarque sur l’art de la comédie)

Il y a des films dont on se dit qu’on les verra un jour et qu’on ne voit finalement jamais. C’est ce qui aurait pu m’arriver avec Céline et Julie font du bateau de Jacques Rivette. Mais non, car je l’ai enfin vu. A force de lire des commentaires dithyrambiques sous la plume de grands critiques (David Thomson le classe parmi ses films favoris, à côté de Citizen Kane, de La règle du jeu et de His Girl Friday), j’étais curieux de voir ce que les trois heures de ce film inclassable allaient produire comme effet sur moi. Eh bien, rien. Ou pas grand-chose.  Certes, c’est un film d’art et d’essai, pas question de le juger selon les critères usuels. Et il est entendu que c’est essentiel que des réalisateurs quittent parfois les sentiers battus et explorent de nouvelles voies. Mais avant la fin de la première heure, j’ai commencé à m’ennuyer sérieusement. Et je me suis mis à penser à ces romans des années 60 et 70 dans lesquels les auteurs avaient pris plaisir (en tout cas je l’espère pour eux) à déconstruire le récit et à perturber les personnages tout en mettant au point des systèmes stylistiques parfois originaux mais souvent inefficaces et prétentieux. Cela dit, Céline et Julie… est un film qui se voudrait léger et joyeux, c’est à mettre au crédit de son réalisateur. Mais l’est-il vraiment? A mon avis, il ne l’est que pendant une demi-heure. Ensuite, l’exercice intellectuel prend le dessus. Nous sommes dès lors embarqués dans une entreprise moderne : entendez par là conceptuelle. Pour ceux qui se posent la question : oui, à la fin, Céline et Julie vont en bateau. Mais qu’il leur ait fallu trois heures pour trouver une barque me laisse perplexe…

Le grand art, pour moi, c’est la comédie. Savez-vous pourquoi? Tout simplement parce qu’il est assez facile de faire semblant d’être triste ou accablé, de pleurer ou de gémir. Par contre, il est extrêmement difficile de faire semblant de rire. Il faut que le coeur y soit vraiment. Marguerite Duras n’avait pas le coeur à rire. Elle n’a donc pas écrit ou réalisé de comédies et elle a bien fait. Elle a réalisé India Song. C’est un film d’art et d’essai. Dramatique, déroutant – et d’une beauté déchirante.

Avant d’aller faire à pied le tour de mon quartier, je me suis dit ceci : on peut faire croire que l’on est intelligent si l’on est très malin ou cultivé; mais la grâce , elle, ne se mime pas.

 

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