L’enthousiasme de Jean-Claude Vantroyen dans LE SOIR

PDO - LE SOIR - 15 avril 2017On croirait lire un roman du XIX e siècle plein de bruits étranges, secoué d’orages furieux, parsemé de personnages énigmatiques, traversé de mystères et de correspondances souterraines, habité de fantômes, de corneilles noires, de renards au regard doux et d’un grand chien noir aux yeux de braise. C’est du Poe, du Dickens, du Brontë, du Daphné du Maurier. C’est éminemment fantastique et romantique, furieux et doux, empli de haine, de vengeance et de compassion et d’amour à la fois. C’est très suggéré : tout n’est pas expliqué. Et heureusement : l’obscurité ajoute à la fascination. Et, je l’avoue, ce double roman qui n’en fait qu’un m’a envoûté, même s’il a troqué la calèche contre l’automobile et la missive contre le portable. (…) Les deux histoires tissent entre elles des correspondances, des corrélations. Le lecteur prend plaisir à tenter de relier les faits, de comprendre les liaisons et les nœuds. Il n’y parvient pas toujours, mais suffisamment pour persévérer, hanté qu’il est lui aussi par les événements qui enchaînent les romans de Véronique et de Francis, persuadé également que des secrets gisent dans le passé et permettraient de l’éclairer. Des secrets abominables, bien sûr. Mais tout peut-il être expliqué ? Les auteurs le disent quelque part dans leur roman : « Il y a dans la vie bien plus de choses que ce que nos yeux peuvent observer. » Et c’est ça la qualité de ce roman fantastique : mêler l’impénétrable au réalisme, le chien noir indéchiffrable et la médecine d’hôpital, le jeu des spectres et nos objets du quotidien, smartphone et Mercedes. Et, surtout, le réveil des démons et l’éveil de l’amour. Ligeia d’Edgar Allan Poe ou Rebecca de Daphné du Maurier ne seraient pas des chefs-d’œuvre sans la passion amoureuse. Chez Biefnot-Dannemark, les sentiments sont plus sages, mais ils ne sont pas moins fous ni forts. Chaque chapitre est précédé d’une sorte de haïku sibyllin. Qui ajoute aussi au bienheureux malaise de la lecture. Il y a 33 chapitres dans chaque roman. 33 + 33 = 66. Le chiffre de la Bête.

Jean-Claude Vantroyen, LE SOIR, 15-17 avril 2017

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